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Portrait d’un vieux poseur (de bombe)
24 juillet, par Malo Toquet
Jour de mai, à la rédac : on reçoit une lettre d'un mystérieux abonné. Il est fait prisonnier à Riom pour avoir tenté d'incendier un McDonald, en signe de protestation contre le génocide à Gaza. Il s'appelle Ghislain Bellorget et il a 85 ans.
Que deviennent les anarchistes quand ils vieillissent ? Beaucoup s'évanouissent dans la nature, se dispersent ou se fatiguent tout simplement. Peut-être sont-ils comme les moineaux de Pagnol qui « disparaissent, un jour, sans laisser de squelette ». Mais d'autres restent, éléments insolubles dans le capitalisme. Ghislain Bellorget fait partie de ceux-là.
« J'ai déposé un bidon incendiaire derrière le McDo du centre-ville et j'ai signé avec un drapeau israélien coupé en deux »Le 24 avril 2026, il nous écrivait depuis sa cellule de prison. Un mois plus tard, on reçoit une lettre sur papier fin, où court une écriture singulière : une sorte de tremblement qui donne à la prose un air de flamme. Il faut le dire, l'homme a un côté explosif : il a été arrêté le 30 juillet 2025, pour une affaire de tentative d'incendie d'un McDo, à Clermont-Ferrand, en 2024.
« Cher CQFD,
Je viens de recevoir votre journal, hélas je suis hébergé à la prison de Riom depuis le 1er août 2025. Quelques jours avant, je suis parti de chez moi à 4 heures du matin direction Clermont-Ferrand. J'ai déposé un bidon incendiaire derrière le McDo du centre-ville et j'ai signé avec un drapeau israélien coupé en deux. Le Raid est venu me réveiller quatre jours plus tard. J'ai commis cet acte pour les Palestiniens de la bande de Gaza !
Bien à vous, Ghislain.
PS : L'engin n'a pas fonctionné.
PS Bis : J'ai fêté mes 85 ans en prison ! »
Ghislain n'est pas le premier libertaire à nous écrire de sa prison : pendant des années, Jean-Marc Rouillan, membre d'Action directe avait tenu une chronique pour CQFD. Mais c'est vrai qu'à la rédac, on est un peu fleur bleue. Et les lettres d'amour (et de revendication politique), c'est d'un romantisme... Irrésistible !
L'introuvable GhislainDonc on se met en quête dudit poseur de bombe. Déjà, Ghislain est bien dans nos fichiers d'abonnés, mais personne à la rédac n'en a entendu parler. Les premières recherches ne dévoilent pas grand-chose, à part quelques articles sur une exposition de photos de voyage d'un photographe de presse à la retraite. Il pourrait être un obscur vieux monsieur mordu d'expéditions. Mais en creusant un peu, on tombe sur deux émissions d'une radio libertaire à propos de ses tribulations pendant la guerre du Vietnam. Puis un article de correspondant pendant la guerre soviéto-afghane dans la revue libertaire Agora. Le zigue a l'air d'avoir une vie diablement rythmée !
Mais pas facile de causer avec lui... Le standard du centre pénitentiaire de Riom nous envoie poliment nous faire cuire le cul, donc on harcèle le maire et les commerçants de son village pour avoir un proche. Sans succès : « Monsieur Bellorget ? Ça fait longtemps qu'on l'a pas vu par ici, je ne crois pas qu'il soit chez lui en ce moment. » Sans blague ! Et puis, un jour, alors que tout espoir commence à s'évanouir, un camarade en dilettante à la rédac me dit : « Un anar auvergnat en prison ? Mon coloc doit avoir son contact ! » La vie est subtilement malicieuse.
Allô CQFD ?Je décroche le téléphone. Au bout du fil : une voix vive et rieuse. Ghislain m'apprend – je tombe de ma chaise – qu'il a obtenu sa remise en liberté provisoire le 22 mai. Désormais retranché dans sa petite maison de la montagne bourbonnaise, il se bat contre une végétation qui n'a pas attendu la fin de ses dix mois de taule pour reprendre ses droits. Et puis, il attend son procès. Il raconte volontiers ses aventures même si, sur les sujets plus sensibles, il m'oppose un élégant, mais non moins définitif : « Je ne peux pas répondre à ta question. »
« Ils sont arrivés en tirant des balles à blanc qui font le même bruit que des balles réelles »Son arrestation ne semble pas l'avoir beaucoup ému. « Le Raid chez moi, ça a été assez violent. Mais pour tout te dire, je savais ce que je risquais. Ils sont arrivés en tirant des balles à blanc qui font le même bruit que des balles réelles. Ils sont entrés dans ma chambre sans arrêter de tirer, tout ça pour un type de presque 85 ans. Du cinéma. » Après quoi, la machine s'est mise en route : police judiciaire de Clermont, agents de déminage de Lyon, incarcération à la prison de Riom. Là-bas, il est envoyé, dans le « module de respect », nouvelle lubie de l'administration carcérale pour faire passer son activité comme un acte d'humanisme : « On est en cellule individuelle, on a des promenades le matin ET le soir. » Mazette, qui voudrait de la liberté après ça ? Ghislain ne semble pas avoir été davantage traumatisé par son séjour. « Les gens ne m'emmerdaient pas. Faut dire que j'étais le plus âgé. Enfin, il paraît qu'il y avait un monsieur de 86 ans, mais il était dans un autre quartier. Je faisais du yoga dans ma cellule et je lisais beaucoup. » Cet épisode ne semble pas l'intéresser plus que ça. Faut dire qu'il a vécu des moments marquants.
Libertaire internationalisteD'abord, son expérience en 1965 d'instit à Da Nang, une petite ville du sud Vietnam, où il fait tache dans la société d'expat' aimablement colonialistes. Il sympathise avec des mouvements étudiants, s'oppose à la bigoterie de sa hiérarchie...
Une de ses photos, rejetée par son agence de presse, aura un destin glorieux : on y voit une main écorchée pendue dans des barbelés« Après plusieurs petits incidents diplomatiques, le proviseur et le vice-consul m'ont renvoyé en France. »
Chassé par la porte, il rentre par la fenêtre : il retourne au Vietnam comme photographe de presse pendant cinq ans, en pleine guerre entre le sud et le nord. Une de ses photos, rejetée par son agence de presse, aura d'ailleurs un destin glorieux. On y voit une main écorchée pendue dans des barbelés. Elle est récupérée, à son insu mais pour sa plus grande satisfaction, par le mouvement antimilitariste. Associée au slogan « L'armée recrute… elle te tend la main », elle devient un classique des tracts contre la conscription. Puis, en mai 1968, il hésite à rentrer : « Je me suis dit, si c'est une révolution, ça durera plus d'un an... » Hélas, l'histoire a tranché.
« Je n'ai jamais arrêté de voyager, j'ai visité plus de 80 pays grâce à mon travail de photographe. » Parmi ses péripéties, d'autres guerres civiles : Afghanistan, Irlande du Nord, puis Palestine (Cisjordanie) en 2003. Mais ce n'était pas son premier voyage là-bas : en 1962, il s'était déjà rendu dans un kibboutz tout au nord d'Israël. « À l'époque je ne connaissais rien des Palestiniens, je n'avais pas entendu parler de la Nakba et pour moi, la vie là-bas, c'était l'expérience de l'utopie communautaire. »
Le réveil est brutal : « J'ai vu leur quotidien. Le plus choquant, c'est que l'histoire n'a cessé d'empirer. Encore il y a quelques jours, un ami palestinien m'a envoyé des vidéos de blindés en train de déverser des produits toxiques sur des terres cultivables palestiniennes. » Il y retourne en 2009, puis en 2015. En 2013, il tente même d'entrer à Gaza par l'Égypte, sans succès. « Je suis militant libertaire depuis longtemps. Mais c'est l'internationalisme qui m'a toujours tenu le plus à cœur. Ma première manif, c'était contre le franquisme. On descendait la rue Mouffetard, il devait y avoir 60 personnes pour quatre organisations [rire]. On partait de loin à l'époque. » Sûrement une manière de rester optimiste face à nos maigres victoires depuis. En attendant Ghislain, le Chien rouge te souhaite de bien profiter de ta liberté. Compte sur nous pour continuer d'aboyer avec toi : « Palestine vaincra ! »
Malo Toquet -
Astro-marketing : satellisez votre quête de sens
24 juillet, par Joris — Killian Pelletier, Le dossier
Face à la perte de sens et à l'hyper individualisation de nos sociétés, des marques surfent sur nos croyances et utilisent des techniques de marketing intrusives pour nous vendre des trucs farfelus et ainsi faire perdurer un système économique mortifère.
Ah t'es scorpion ? Tu devrais prendre un cheeseburger andalouse chez McDonald's. Pourquoi ? Parce qu'apparemment les scorpions n'ont « que des numéros 10 dans leur team ». Vous cherchez le sens de cette campagne marketing ? Ça tombe bien, nous aussi ! C'est le nouveau credo des marques : surfer sur le buzz de l'astrologie pour nous vendre leurs produits de merde et leurs services dont personne n'a besoin. Ce phénomène a un nom : l'astromarketing. Les crises successives, l'impérialisme, l'écocide mondial et le « six-seven » entraînent une perte d'espoir dans un avenir commun et poussent à un repli sur soi. Par conséquent, nous sommes de plus en plus individualistes y compris dans nos croyances et même la religion décline (ce n'est pas pour nous déplaire mais elle avait le mérite de s'inscrire dans une perspective collective). Selon une étude de l'Institut français d'opinion publique (Ifop) de 2021, 49 % des Français croient en dieu contre 55 % en 2004 et 66 % en 1947. Du coup, chacun·e fait sa popote spirituelle pour retrouver des repères. Le New Age et l'astrologie gagnent du terrain comme outil de réflexion sur soi et comme clé de lecture de nos rapports interpersonnels. Toujours selon l'Ifop, en 2022, 44 % des Français·es croyaient au fait que le signe astrologique explique des caractères des gens. Le même sondage montre que 20 % pensent que leurs relations personnelles sont influencées par les signes du zodiaque de leur entourage. La consommation devient alors une pratique distinctive de sa propre identité et les entreprises l'ont bien compris.
Du marketing expérientiel...Aujourd'hui, les marques prennent possession de votre intimité. Pour cela, elles jouent sur une stratégie appelée « marketing expérientiel ». Si consommer un produit ou un service est, dans beaucoup de cas, un réflexe de survie quotidien, c'est aussi le reflet d'une conviction individuelle sur le modèle de société que l'on souhaite voir advenir (in colibris we trust). D'un point de vue spirituel, on « ne consomme pas les produits, mais le sens de ces produits », nous rappellent les universitaires Sandra Camus et Max Poulain1. Avec le marketing expérientiel, on ne vous vend pas seulement un produit ou un service, on vous vend une expérience qui vient toucher vos croyances. Combiné au « marketing sensoriel » (la direction artistique de la boutique, la petite musique qui va bien, l'odeur d'encens ou d'huile essentielle de vanille...), la manipulation est fatale. Cette mise en scène vous donne ainsi un sentiment de bien-être et vous rapproche de vos valeurs. Donc, quand vous mangez une boîte de sept « chocolats chakras » à 25 balles de chez Cosmic Dealer qui vous promet de « sortir l'addictif et l'artificiel de notre alimentation, et revenir à l'équilibre cosmique », vous aurez l'impression d'un alignement de vos énergies. Mais la réalité, c'est que vous vous serez fait entuber. Et ce n'est pas le microdosing de plantes dans ces chocolats qui soignera vos rhumatismes.
...à la consommation identitaireL'éveil spirituel étant considéré comme une « quête de soi », l'individualisation de nos valeurs qui en découle nous pousse théoriquement à avoir des comportements alignés avec celles-ci. En plus de nos valeurs, lorsqu'on achète un produit, on engage nos émotions. « En consommant, l'individu existe, se construit et élabore son image sociale ; c'est en cela que la consommation renferme un processus de production »2. Une production de soi que les marques utilisent pour vous donner l'illusion que vous êtes spécial·e et qu'être réceptif·ve à leurs campagnes marketing a du sens. Avec son « mode astrologie », Tinder vous fait matcher avec des profils aux signes compatibles avec le vôtre. « Tes infos nous aideront à déterminer ton signe lunaire, ton ascendant ou ton signe solaire », explique l'appli avant d'ajouter : « Plus tu nous donneras d'infos, plus le calcul sera précis. » Et entre vendre du rêve et vendre des données personnelles, il n'y a qu'un pas. À la rédac' on préfère se connecter avec les énergies de l'anarchisme et de la révolution pour que l'auteur de ces lignes arrête les antidépresseurs et retrouve foi dans une perspective collective enviable parce que C'EST NOTRE PROJET !
Joris
1 . « La spiritualité : émergence d'une tendance dans la consommation », dans Management et Avenir n°19, 2008.
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Les Brigandes : de l’utopie hippie à la secte d’extrême droite
24 juillet, par Orianne Hidalgo-Laurier — Capucine Parmentier, Le dossier
On a trouvé plus intégristes que les cathos de Civitas, plus fachos que Génération identitaire, plus écolos que Brigitte Bardot. Derrière l'image d'un inoffensif groupe de folk appelé Les Brigandes et d'une communauté néorurale peuplée d'artistes, un clan sectaire prépare la guerre idéologique. Et plus si affinités.
Une grande maison, vue sur la montagne, au cœur du parc naturel régional du Haut-Languedoc. On y vit en collectif, on y cultive ses légumes, on défend la cause animale et on se marie entre membres. Des têtes blondes crapahutent dans la forêt et s'adonnent à des activités artistiques. Les adultes se partagent l'enseignement, les tâches et les repas végétariens, rassemblés autour du doyen, Joël LaBruyère, qui ne manque jamais de sortir la guitare pour le dessert. Une vingtaine d'hommes et de femmes bien blancs en âge de réarmer démographiquement le pays a élu domicile sur les hauteurs de La Salvetat-sur-Agout depuis 2004. Face à la caméra complaisante d'une obscure boîte de prod, les membres des Brigandes promeuvent un petit paradis d'autosuffisance, antimatérialiste, antimondialiste, anticapitaliste (oui, oui) et surtout, antirévolutionnaire : « Ici, on va à l'encontre de la maladie de la société qui est l'individualisme – travailler, gagner de l'argent, jouir… Tout ça pour sa gueule. » Enceinte jusqu'aux yeux, Irène a trouvé dans cette communauté ses « frères et sœurs d'âme » – des architectes, traducteurs, biologistes ou profs de yoga qui se répartissent les ressources financières. Après des études dans une école d'art privée en Suisse et un voyage en Inde, elle tombe sur les écrits du fameux Joël LaBruyère, une révélation. Marianne, graphiste métropolitaine, abonde : « Dès que j'ai rencontré physiquement Joël, j'ai tout de suite su que cet homme avait des clefs à me donner pour atteindre le but de ma vie. »
« Il y a une idée de combat chez le Brigandes : une chanson, c'est comme un obus qu'il faut préparer pour pouvoir tirer »Les jeunes femmes sont les choristes du groupe Les Brigandes, créé en 2014 : un gang de nanas, un loup vissé sur les yeux, pousse la chansonnette sur des airs allant du bal musette à Bénabar. Leur masque tombe bien bas à l'écoute des paroles : « Ils ont brandi le Coran comme un signe de ralliement pour tous les déracinés […] Satan décrète un ordre nouveau : en finir avec la chrétienté » ; « Avec des haches et des fusils pour la défense de notre vie face à la horde des ennemis ». Bras tendu vers le ciel, Marianne ne doute pas : « C'est quelque chose qui nous a été envoyé d'au-dessus. Même la famille d'Orléans a dit que les Brigandes avaient une mission pour la France. » La joyeuse communauté hippie vire au commando missionnaire : « Il y a une idée de combat chez le Brigandes : une chanson, c'est comme un obus qu'il faut préparer pour pouvoir tirer, explique Maxime, le musicien, sous le contrôle de Joël, le « trouvère »1. Mon rôle, c'est de trouver comment arranger la chanson, le bon gimmick, pour que même les ennemis finissent par l'avoir dans la tête. » Du groupuscule politisé à la secte spirituelle, il n'y a qu'un pas. Ici, le syncrétisme religieux sert un « ordre social nouveau », ambiance permaculture, micro-ferme et néofascisme.
On a tombé, on a tombé le masqueDes jeunes femmes en robe blanche débitent des horreurs en courant dans les prés. En 2015, leurs clips léchés génèrent un petit buzz : douze disques, 10 millions de vues sur YouTube, une Quenelle d'or remise par Dieudonné himself. BFMTV, Quotidien, TF1 tournent leurs projos sur cette communauté qui divise des villageois dans le sud de la France. Les pouvoirs publics s'en mêlent en avril 2019 : Irène est convoquée à une Commission d'enquête sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en France. C'est sa BA sauce Jeanne d'Arc contre le « Tribunal bolchévique ». Leurs réseaux sont bloqués. On perd la trace des Brigandes en 2021, si ce n'est une chanson hommage au patriarche Le Pen et des sympathisants qui s'affirment haut et fort « nationalistes, patriotes et identitaires de tous bords et de toutes nations ». Ils appellent sur les réseaux sociaux à l'éradication des jeunes des banlieues.
Le groupe laisse derrière lui des enquêtes scabreuses à l'encontre de Joël LaBruyère, accusé du meurtre d'une adepte dans une communauté qu'il avait fondé en Belgique, d'abus de faiblesse, de travail dissimulé, de menaces de mort et de violences auprès du parquet de Tarbes suite aux plaintes d'ex-Brigandes – des femmes amoureuses éconduites selon l'intéressé. Aujourd'hui, le clan s'appelle la Communauté de la rose et de l'épée. Beaucoup plus discrète, active sur des serveurs autrichiens et russes, elle continue de vendre ses produits culturels via Barka – qui signifie « bénédiction » – Productions, une association non-employeuse labellisée Économie sociale et solidaire. Tant pis pour la renommée médiatique. Antoine, polo noué sur les épaules, l'assure : « Si une personne a une flamme dans son cœur et qu'elle lâche tout, à partir du moment où elle œuvre pour quelque chose qui la dépasse, elle est prise en main. J'ai lâché toutes les futilités du quotidien il y a neuf ans et au final la communauté divine m'a été offerte. »
Plus chrétien tu meursAurait-on à faire à une excroissance de Civitas2 ? Non, l'Église elle-même serait contaminée par les jésuites – « ils y ont fait entrer les Juifs » – et un pape rouge. Le clan des Brigandes prône la liberté de pensée en allant puiser dans le paganisme nordique et les courants ésotériques tels que la fraternité de la Rose-Croix et l'anthroposophie de Rudolf Steiner. Joël LaBruyère, aka Elihoé aka Mister Kevin aka Joël Barka – selon les groupes qu'il a créés – a flairé le filon : « L'idée de clan m'est venue parce que j'ai vu que les gens étaient perdus quand ils restaient seuls dans leur coin, ils tombent dans l'occultisme, le nouvel âge, les Tibétains [sic], le yoga, la médiumnité, le channelisme... On est conditionnés par cette contre-culture américaine consumériste. C'est très pénible de voir l'humanité souffrir », grimace-t-il, pépouze sur le pont de son bateau à moteur. L'octogénaire, militant pro-secte et pourfendeur de la Franc-maçonnerie, est dans les radars de la Miviludes3 depuis les années 1990 : il professait publiquement que le suicide collectif des membres de l'Ordre du Temple solaire était un massacre perpétré par l'armée. Jojo se revendique pêle-mêle des Pythagoriciens, des Templiers, des Cathares, des Vendéens, autant de communautés « génocidées » par le Système ou « technostructure » – quand il ne se rêve pas en Unabomber4. Un sourire vissé au coin des lèvres, il défend sa vision de l'organisation communautaire : « Il faut quelqu'un qui décide et qui contrôle, parfois de manière autoritaire. On ne peut pas commencer de manière démocratique. »
La France aux Français, la musulmanie aux musulmansCette spiritualité pagano-chrétienne sert un projet politique séparatiste : essaimer des bastions pour « combattre l'ordre mondial et protéger quotidiennement la civilisation européenne ». Avachi sur le canapé du média de « réinformation » MetaTV, Antoine, le « cerveau de la bande », fanfaronne la main sur le Manifeste des clans du futur : « C'est un appel au regroupement stratégique des forces. On veut partager une vie riche et fraternelle, éduquer nos enfants dans le mode de vie sain que nous produisons pour eux, dans l'amour du prochain – le prochain n'étant évidemment pas le Somalien qui meurt de faim à l'autre bout du monde, mais c'est celui qui est à côté de vous et qui partage les mêmes idées. » Faut pas déconner. « La diversité, c'est une France avec une identité française, une Arabie [sic] avec une identité arabe, une Inde, hindoue. On peut pas tout mélanger, il faut qu'on se rassemble entre nous pour élaborer de nouveaux codes sociaux. » Ou rétablir les anciens. L'avortement, c'est Satan sous les traits du progrès scientifique. « Dans les années 1960 en Angleterre, avec le développement du rock, les filles commençaient à baiser n'importe quand et elles faisaient que des conneries quoi », explicite doctement Maxime le troubadour. Le spectre du Lebensraum, cher aux nazis, se pointe avec sa cohorte « d'intellectuels », amis et références des Brigandes : le transfuge du FN-époque Maigret vers Reconquête, Jean-Yves Le Gallou ; son ami Dominique Venner, missionnaire du grand remplacement qui s'est tiré une balle devant l'autel de Notre-Dame de Paris ; le survivaliste suprématiste suisse Piero San Giorgio ou encore le théoricien néofasciste italien Gabriele Adinolfi. Tous prophétisent la guerre raciale et s'y préparent. Complotistes, royalistes, fascistes, patriotes, « anti-system forever »… Tout est bon dans le cochon. « Le seul parti qui défend notre pays, c'est évidemment le Front national », finit par concéder Maxime, anti-électoraliste de principe. Mais il ne propose rien d'autre que la démocratie… » Ben voyons. Dans cette farce, qui de la dinde masquée ou du dindon encarté va fourrer l'autre ?
Orianne Hidalgo-LaurierCet article a été publié sur papier sous le titre original « Au nom du Père, du Klan et du Français de souche ».
1 . Poète et musicien du Moyen Âge du nord de la France, qui composait des chansons en langue d'oïl.
2 .Organisation politique catholique intégriste d'extrême droite.
3 . Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires
4 .Lire « Glossaire technocritique (2) », CQFD n°119 (février 2014).
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OVNI Gate en Provence
18 juillet, par Orianne Hidalgo-Laurier — Mano Spreading, Le dossier
On nous ment : les aliens sont parmi nous et des héros vont le révéler au monde entier. Le scénario du dernier Spielberg est pris au pied de la lettre par les membres d'Alliances célestes. Une ONG qui ratisse depuis 2021 dans les milieux complotistes et ésotériques pour capter son audience. Le directeur serait un extraterrestre incarné sur Terre pour sauver l'humanité. Il prêche et recrute depuis le Var.
« Planqués dans le massif de la Sainte-Baume, une centaine d'hommes et de femmes, plutôt grisonnants, défilent à la queuleuleu sous des arches façon Stargate jusqu'à un mannequin bleu et cornu, de facture tout aussi nanardesque. Chacun à son tour, ils lui serrent doctement la main. Voici scellé « le pacte Dzheerl » – une « civilisation de type 5, projetée depuis un futur très lointain pour aider [leurs] incarnations présentes à confirmer la bifurcation temporelle vers la vibration Amour-Lumière », détaille une vidéo explicative. Comprendre, des extraterrestres s'incarnant ici-bas pour aider les Terriens à évoluer et ainsi se sauver de la catastrophe. Nous sommes le 21 décembre 2021 : le jour de « l'ensemencement de l'humanité ». Les adeptes sont venus des quatre coins de France pour répondre à l'appel de Jean-Michel Raoux, l'élu autoproclamé des êtres célestes. « Ils m'ont fait comprendre que c'était lié à ma nature. Je devais avoir un blanc-seing, je vibre avec eux. Ce qui n'est pas le cas d'Elon Musk. » Cet « enseignant privé en sciences avancées alternatives » aurait une mission : ressusciter les étoiles et guérir la Terre – aka Isadea – de sa « psycho-pathologie ». « Si je faiblis, tout s'effondre. Je peux pas aller jouer à la pétanque tranquille, je dois sauver ma fille Isadea. Je serais soulagé si quelqu'un pouvait prendre la suite, mais il n'y a personne d'autre. » L'ONG qu'il dirige, Alliances célestes, est née en 2021 en Suisse, boostée par la pandémie. Comme par hasard, 2021, c'est l'année de « la grande bifurcation » : avec le Covid, les forces du mal auraient montré leur vrai visage et dévoilé leur plan de destruction massive. Surtout, ces rassemblements New Age sont de plus en plus phagocytés par des personnalités politisées, tendance complotiste. Voyage dans un mouvement néo-raëlien, passé sous les radars de la Miviludes.
L'Armageddon provençalCinq ans après le « pacte Dzheerl », « le processus avance dans le bon sens – si on avait échoué, vous ne seriez plus là. Mais on est toujours en danger mortel. » Jean-Michel Raoux continue de prêcher depuis sa maison dans le Var via des cycles de conférences payantes sur Zoom.
« Les gens ne peuvent pas te comprendre, t'es tout seul, si t'as pas la foi, t'es mort »Nous sommes une trentaine à boire sa logorrhée, un mélange de mysticisme catholique, de science-fiction à l'hollywoodienne, de mythologies cosmiques, de discours pseudoscientifiques et d'anecdotes triviales. « Il ne faut pas avoir peur de faire progresser son esprit et de sortir de la raison. Le rationnel, c'est la sécurité et la sécurité tue l'homme, démarre-t-il. Il faut définir votre mission d'âme, vous avez un temps limité. » Surfant sur l'actualité, il prédit la fin des temps : « Vous savez ce que c'est le projet de cette planète, les gars ? C'est de faire une extermination de masse, de garder les plus sages et les plus obéissants, de leur greffer une puce dans le cerveau pour les contrôler et les mettre dans des camps de concentration. »
Le monsieur aurait été « contacté » par les « célestes » juste après le 11 septembre 2001, dans une grotte en PACA. « Je suis venu m'infiltrer au sein de cette société pour la changer de l'intérieur. L'infiltration en passant par l'incarnation, c'est la meilleure méthode. » Aujourd'hui, il nous intime de nous connecter à notre « moi supérieur » puisque nous serions des pionniers. Tout le monde en aurait un, tant que nous n'avons pas séparé artificiellement l'âme et le corps, avec une technologie de type vaccin ARN-messager par exemple. Et si l'on divulgâchait la bonne parole autour de nous ? Le MC gémit : « Les gens ne peuvent pas te comprendre, ils ne voient pas. T'es tout seul, si t'as pas la foi, t'es mort. Dès qu'on a des expériences, on a envie de les partager, c'est pas forcément une bonne chose. » Nous voilà poussés à l'isolement, il faut faire confiance à Jean-Mi qui nous expliquera dans un prochain Zoom comment rejoindre l'équipe de « pilotes » entraînés par son confrère Myrdyn. Un ancien des forces spéciales, amateur d'ayahuasca dans son jeune temps, qui fabrique « la plus grande flotte galactique jamais construite » dans le grenier de sa baraque près de Brignoles (Var). Pour l'heure, le gourou provençal nous initie à une séance de « spiritualité soutenue par vidéo » : des exercices de respiration devant des aliens animés assurant que « toute résistance est inutile ».
L'ex-militaire stratosphérisé« Merci Jean-Michel, ça fait résonner des choses en moi. Depuis longtemps, j'avais la sensation que je venais d'un autre univers et depuis quelque temps je me dis que je dois venir du futur. » Plantée devant sa webcam, Françoise en tremble. Depuis 2021, elle ne perd pas une miette des pérégrinations de Jean-Michel Raoux. Il y a deux ans1, lors d'une visite chez Myrdyn, nous avions rencontré un autre adepte. Fébrile, ce retraité célibataire, « réveillé depuis 1996 », tapait du poing sur la table à manger du bricoleur de vaisseau, quitte à faire tomber l'épais livre de Grigori Petrovitch Grabovoï – fondateur d'une secte russe qui prétendait ressusciter les morts. Persuadé d'avoir été utilisé pendant 40 ans comme un cobaye par France Télécom, son employeur, et que la Ddass l'avait visité pour intégrer ses enfants à un réseau pédophile, Patrick* insistait lourdement : « Suis-je un missionné incarné volontaire ? ! » Indisposé, Myrdyn chassait son malaise en lui rétorquant sèchement : « Si tu penses être un missionné incarné volontaire, dis-le ! Mais si c'est le cas, tu ne peux pas te contenter de faire les courses et promener ton petit chien, comme font les Terriens. »
Myrdyn et sa compagne, de 30 ans sa cadette, vendent des « Vaisseaux Optimisants de Conscience Amour-Lumière » et autres gadgets « énergétiques » via une SAS. Ce qui a réellement changé depuis le rituel de 2021 à la Sainte-Baume dont Myrdyn a créé la D A ? La réalité virtuelle et l'intelligence artificielle sont devenues accessibles à ces technosceptiques : « Ce sont des outils phénoménaux de développement de la conscience, pas besoin de plantes chamaniques ! » explique l'ancien militaire. Et pas besoin de kérosène pour démarrer son vaisseau – une structure en métal collée à la charpente de sa maison avec au centre, un siège bleu pour l'homme, un autre rouge pour la femme, face à un double écran : il suffit d'enfiler un casque et de faire des massages tantriques.
La guerre des TerriensUne poignée de boomers qui traquent les OVNI, écrivent des messages cryptiques sur des cartes IGPN ou considèrent les édifices chrétiens comme des vortex : pas de quoi en faire un scandale, me direz-vous. Au Zénith de Limoges pourtant, Alliances célestes atteint, si ce n'est la 5 D, du moins une dimension inquiétante. En 2024 la première édition de son symposium rassemblait 2 500 personnes pour établir « un contact de masse avec des entités intelligentes non terrestres ». Fans d'ufologie, adeptes de lithothérapie ou de reiki2, citoyens excédés par la « plandémie »...
« J'ai la conviction profonde que les changements de ce monde partent de France, parce que cette terre est sacrée ! »Les sensibilités sont vastes, mais une grande partie est prête à casser du journaliste et à péter les gradins pour ovationner les personnalités invitées. Un ancien militant sarkozyste, complotiste assumé, casquette MAGA vissée sur la tête : « Trump n'est pas un homme politique, mais un entrepreneur milliardaire au cuir épais qui a été élu par l'alliance galactique pour drainer le marais, révéler les mauvais qui sont cachés dans les profondeurs. » Poutine ? « Il se bat pour son peuple et respecte les valeurs de justice et de sécurité. » Et voilà que la foule hurle à sa suite « Vive Vladimir ! » Plus tard, l'ambiance vire patriote. Un « guide » aux airs christiques qui vend des séances d'exorcisme vibratoire : « J'ai la conviction profonde que les changements de ce monde partent de France, parce que cette terre est sacrée ! Ensemble nous allons nettoyer et illuminer notre pays et notre monde ! » La foule scande, en tapant des pieds en rythme : « Protection ! Sécurité ! Intégrité ! » Et Jean-Michel Raoux, au sommet de sa gloire, de prêcher : « Le libre arbitre n'existe pas. Qui ose gagne », en écho à la devise inscrite sur le poignard du 2e régiment des parachutistes d'infanterie de marine. Un ton orwellien très terre à terre finalement.
Orianne Hidalgo-Laurier
1 Lire « Dérives martiennes », Mouvement n°122 (juin-juillet-août 2024).
2 L'ufologie étudie les manifestations supposées d'Objets volants non identifiés. La lithothérapie est une pratique de « médecine alternative » qui prête aux cristaux un pouvoir de guérison. Le reiki est une méthode de soin japonaise consistant à équilibrer les énergies par imposition des mains.
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Le tarot : un gros mot pour les gauchos ?
18 juillet, par Malo Toquet — Salomé Lahoche, Le dossier
Antifasciste, féministe, tendance « écoterroriste » aux yeux des forces de l'ordre, Fanny est aussi tombée dans la marmite de l'ésotérisme : elle s'adonne au tirage de tarot. Un « accompagnement thérapeutique » qu'elle pratique à l'abri du regard de ses camarades, critiques à l'égard de la spiritualité. Mais pourquoi laisser ce champ-là aux prédicateurs et autres idéologues réacs ? La jeune femme assume ses contradictions et nous raconte comment elle les surmonte.
« Je me suis intéressée au tarot vers mes 18 ans, je ne sais pas exactement pourquoi, c'était assez cool, un peu magique. J'ai acheté un jeu de tarot pour commencer à lire les cartes, me suis procurée des livres pour m'instruire sur le sujet et j'ai regardé des vidéos YouTube – comme une bonne milléniale que je suis. J'ai été formée au référentiel de naissance : une méthode d'accompagnement dans la connaissance de soi qui utilise les cartes de tarot comme un outil de projections. Il y a une dimension très psychologique dans cette pratique : la carte représente quelque chose, celui qui la tire analyse ce qu'il voit en fonction de sa vie. C'est un miroir de ses préoccupations ou de ses attentes. Le tarot est un outil qui permet de réfléchir sur sa vie, de changer certaines choses ou d'en révéler d'autres sur soi-même. Il m'arrive aussi de faire des tirages dans lesquels je ne vois rien, je ne comprends rien, je me dis que ça n'a aucun sens. Dans ces cas-là, je passe à autre chose. Ce n'est pas grave : je ne cherche pas nécessairement de réponse. Le tarot m'amène une touche de fantaisie, de magie. Cet imaginaire m'inspire, car il laisse de la place au flou. »
Démystifier le sacré« Le problème, c'est que l'univers du tarot et mes convictions de gauche ne vont pas forcément de pair. Je me suis souvent retrouvée dans des situations contradictoires. Quand j'entre dans les librairies spiritualistes ou quand je fais des stages de permaculture, par exemple, il y a une forme de mystique pesante, proche du dogme et de la religion, qui ne reflète pas du tout ma vision de la spiritualité. J'aime mobiliser celle-ci à ma manière, avec sérieux, mais sans sacraliser la pratique pour autant. Le tarot reste une pratique populaire, avec des noms et des interprétations changeantes.
« Le tarot reste une pratique populaire, avec des noms et des interprétations changeantes »Quand des gens veulent fixer des règles en matière de divin, comme dans le “féminin sacré” par exemple, ça devient très problématique. Face à un tirage, certaines personnes peuvent se dire “oh mon dieu, ça y est, mon destin est scellé”, mais ça reste un choix parmi d'autres. Il n'y a aucune obligation à être influencé par une carte. À mon sens, le milieu manque de second degré, d'un regard critique et humoristique. On gagnerait à être plus détendu avec le sacré. »
Planter un grain de folie« Du côté de la sphère militante, j'évite de parler du fait que je tire les cartes parce que ce n'est pas toujours bien vu. J'ai peur qu'on me juge comme la folle du bus, que mon discours ait moins de valeur, parce que spirituel. Le milieu militant a tendance à être plus cartésien que je ne le suis. Un esprit scientifique apporte énormément à l'émancipation, mais ce prisme me fatigue par moment. J'ai besoin de réfléchir autrement. Cela dit – qu'on soit bien d'accord –, je pense que c'est très important de garder une grille d'analyse rationnelle. Pour ce qui a trait à la médecine, par exemple, ça peut être très dangereux de se priver d'une approche scientifique. Il faut trouver un équilibre. Face à des choses qui nous dépassent et qu'un matérialisme rigide ne prend pas en charge, on peut avoir besoin d'un peu de magie. Typiquement, mes rituels sont en lien avec le sens de l'existence, la mort de mes proches et la mienne. Ils créent un passage qui permet de prendre du recul ou d'accepter, mais je ne crois pas qu'il faille nécessairement amener de la spiritualité à gauche. Celle-ci relève de besoins très personnels, qui ne sont pas forcément bons à généraliser. J'aimerais simplement me sentir un peu plus à l'aise, que ce soit accepté d'être une militante de gauche et une personne qui fait des tirages de tarot ou des rituels. »
S'émanciper tranquille« Pour autant, selon le milieu de gauche dont on parle, le tarot n'est pas toujours perçu de la même manière. Par exemple, j'ai fait un tirage dans mon club de roller derby, qui est un sport très politisé. Les gens étaient trop chaud d'essayer. Je pense que le tarot entre dans le courant des pratiques d'empowerment féministe : ça fait du bien, et se faire du bien, c'est aussi reprendre du pouvoir. Plus concrètement, en faisant des tirages, je m'inscris dans une tradition et je me l'approprie autrement, je peux en ajuster le sens. Les figures très connotées comme le roi ne sont que des symboles. Celui-ci représente généralement une forme de but, de finalité, pas forcément un pouvoir masculin. Mon prof de tarot me disait souvent que cette pratique pouvait être non genrée, humaniste et philosophique. J'adhère complètement à cette idée. On hérite d'un essentialisme un peu dangereux avec le tarot, mais on recrée un lien, peut-être imaginaire, avec toutes les femmes qui l'ont pratiqué et qui ont été persécutées. »
Propos recueillis par Malo Toquet





