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Et au milieu coule la rivière
19 septembre, par Sophie Bourlet — Magali Attiogbé
Organisé chaque été dans la vallée de la Roya, le festival les Passeur·ses d'Humanité veut faire passerelle entre les communautés. Six ans après la tempête Alex, qui avait soulevé un puissant élan de solidarité, la vallée reste un territoire de luttes : pour l'eau, le rail, l'accueil des personnes migrantes.
Le festival Passeur·ses d'humanité, c'est ce festival où l'on peut écouter l'économiste théoricien du salaire à vie Bernard Friot, improviser une Marseillaise décadente au son d'un violoncelle, assister à un spectacle enfantiste – et hilarant – de la compagnie Plante un regard, ou encore regarder s'affairer la clique des dessinateur·ices révolté·es de la région, dont Edmond Baudouin ou Caroline Sury1. Autant dire : un bon festival de gauchos. Pendant cinq jours, l'événement remonte le fracassant fleuve de la Roya, faisant vibrer la vallée au rythme d'une « humanité partagée ».
Aux bénévoles2 derrière le bar, quand je demande à parler à la tête pensante, toustes me parlent de Jacques. Jacques Perreux est un ancien élu local, autrefois secrétaire général de la Jeunesse communiste (JC), puis directeur de campagne de José Bové. Aujourd'hui, il préside l'association Les Ami·es de la Roya, qui organise le festival chaque année. Quand on l'interroge sur ce long parcours militant, il résume, amusé : « La plus belle chose que j'ai faite dans ma vie, c'est d'avoir adhéré à la JC, la deuxième meilleure chose que j'ai faite dans ma vie, c'est de partir du Parti communiste ! » « Intransformable », selon lui.
Cette année, la neuvième édition du festival se déroulait sur le thème des « biens qui nous sont communs ». « On voulait montrer qu'ils peuvent être matériels : l'eau, l'air, les paysages ; mais aussi immatériels : la formation, l'information ou les traditions », explique Jacques en désignant la Roya, le fleuve côtier qui serpente – pour l'heure paresseusement – du col de Tende à Vintimille en Italie. Cette eau est aussi celle qui a dévasté le paysage il y a six ans.
« Du béton, du béton, du béton. Des méthodes très productivistes, alors qu'on aurait pu faire des projets plus naturels… »En 2020, la tempête Alex avait fait déborder le lit en quelques heures à peine, causant d'importantes coulées de boue, des ravages dans la vallée et une dizaine de victimes. Le lendemain, les habitant·es sont sonné·es : 60 kilomètres de routes sont détruits, 500 bâtiments sont endommagés et des villages entiers sont coupés du monde.
« Du béton, du béton, du béton »Loélia, jeune cultivatrice dans le village de Saorge, se souvient : « Il n'y avait plus ni réseau téléphonique, ni eau, ni électricité. Pour rejoindre les villages, on marchait le long de la voie ferrée. » L'armée et les pompiers arrivent rapidement sur place. Un ballet d'hélicoptères incessant évacue 500 personnes et ravitaille des centaines d'autres. L'État promet 150 millions d'euros pour la reconstruction et valide – sans concertation publique – des travaux de reconstruction de grande envergure : des grands groupes de travaux publics tels que NGE et Eiffage coulent du béton et canalisent la Roya.
« Du béton, du béton, du béton. Des méthodes très productivistes, alors qu'on aurait pu faire des projets plus naturels… » regrette Jacques. Selon lui, la place accordée aux routes dans la vallée est trop importante : « Si on prenait soin du train, on prendrait beaucoup moins la bagnole ! » Il fait référence aux mobilisations depuis une vingtaine d'années contre le doublement du tunnel qui relie la vallée à l'Italie, censé accélérer le passage des poids lourds.
Quand les anars sortent du boisL'eau et le rail sont depuis toujours les communs de la vallée. Selon Bruno Romagny, économiste et directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement, présent au festival, « la gestion en commun est une réponse très ancienne pour réagir aux catastrophes : si on n'a pas ces liens, on n'aura pas cette capacité à se relever ».
« Des anars sont sortis du bois et nous ont dit : “Hé, nous l'autogestion, on sait faire !” »Outre l'État, ce sont surtout des dizaines de petites mains qui sont venues déblayer, transporter, secourir, tout en réfléchissant à reconstruire différemment. Miser sur les cultures en terrasses, des scieries ou de l'élevage de proximité. Morgane Ganault, illustratrice dans le coin, se souvient : « Des anars sont sortis du bois et nous ont dit : “Hé, nous l'autogestion, on sait faire !” Tout le monde s'y est mis en oubliant les vieux conflits, c'était une super période. Franchement, si c'est ça l'effondrement, ça sera sacrément joyeux ! »
Dans la vallée aux 20 000 habitant·es – dont la clinquante Menton qui vote à 46 % Rassemblement national –, les clivages sont inévitables entre « néo » arrivé·es pour filer le coup de main après la tempête, familles implantées depuis plusieurs générations, post-soixante-huitard·es et militant·es pour les droits autour des frontières… L'intitulé du festival, « Passeur·ses d'Humanité » évoque immanquablement Cédric Herrou. Aujourd'hui salarié d'Emmaüs paysan de Breil-sur-Roya, ce militant a été plusieurs fois poursuivi pour avoir aidé des humain·es aux abords de la frontière franco-italienne. Espace Schengen ou pas, les contrôles y sont très nombreux. Ceux-ci ont été établis en 2015, au nom du plan « antiterroriste » mis en place par le gouvernement socialiste de l'époque. Depuis, en dix ans, 48 personnes sont mortes en cherchant à rejoindre la France, selon la Ligue des droits de l'Homme de Nice.
Le festival souhaite créer des « passerelles » entre toutes les personnes de la vallée, militantes ou nonCédric Herrou, lui, n'était pas présent au festival. « On est sur un mode d'action de rassemblement, lui plus sur la provocation. Mais les deux fonctionnent », défend Jacques Perreux.
Miser sur la communautéLe festival souhaite créer des « passerelles » entre toutes les personnes de la vallée, militantes ou non. Jacques se félicite de la présence des habitant·es : « On essaye de miser sur ce qui nous est commun », explique-t-il en montrant une vidéo devenue virale, filmée par une Breilloise, où l'on entend des chants traditionnels de Tende repris pendant le festival. Même si certain·es habitant·es lui préfèrent la fête de la tourte organisée au même moment au village, la bonne humeur règne. Et, comme le dit Geneviève Fontaine, économiste présente au festival, « la première ressource d'un commun, c'est la communauté ». Et il serait effectivement temps d'en prendre soin.
Sophie Bourlet
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« En cuisine, on souffre en silence de nos addictions »
19 septembre, par Jonas Schnyder — Karl Grux
Depuis mars 2026, Radio Galère diffuse tous les deuxième et quatrième lundis du mois Brigade Pirate, une nouvelle émission sur les réalités des métiers de la restauration. Une immersion riche en témoignages et anecdotes, entre amour de la cuisine et violences au travail.
C'est au début de l'année 2026 que Lara Pop's (pseudo) se décide à lancer un podcast1 sur les coulisses des métiers de la restauration dans lesquels elle travaille depuis plus de 18 ans. Diffusés sur Radio Galère (88 .4 à Marseille FM :DAB+), les épisodes thématiques abordent différents aspects du métier (droits syndicaux, consommation de drogues, inégalités hommes-femmes, violences managériales…) à partir des témoignages des personnes concernées et de collectifs en lutte. Une volonté affichée de sortir les dossiers au grand jour pour changer les mentalités. Entretien.
D'où t'es venue l'envie de faire ce podcast ?
« C'est avant tout une déclaration d'amour aux métiers de la restauration (snack, brasserie, bistrot, restaurant...).
« Les médias vendent du rêve mais la cuisine ce n'est pas “Top chef !” »J'avais envie de raconter nos aventures quotidiennes, autant pour parler de la passion et de la sensualité qu'il y a à faire à manger pour les autres, que pour parler des problèmes graves auxquels on se confronte. Les médias vendent du rêve mais la cuisine ce n'est pas “Top chef !” Durant toutes ces années, j'ai vu trop de choses choquantes et j'ai trop souvent fermé ma gueule, comme cette fois où un supérieur passe derrière une pâtissière et lui met une fessée par surprise, sans que personne ne réagisse. J'y repense encore aujourd'hui. J'ai vu trop d'injustices, de violences et de choses choquantes, que ce soit l'agressivité dans le travail, la consommation de drogue (qui concerne toute la hiérarchie), des gens se faire virer du jour au lendemain, la pénibilité dans le travail sans aucune reconnaissance.... Je voulais faire quelque chose de toutes ces dingueries, donner la parole aux personnes concernées et contribuer à changer les mentalités dans le métier. »
C'est quoi ces mentalités dont tu parles ?
« Nos métiers de la restauration, dans le service ou en cuisine, sont passionnants, mais on s'abîme beaucoup, principalement à cause des conditions de travail scandaleuses : horaires à rallonge, cuisines pas aux normes, notamment l'été quand il fait super chaud, contrats défavorables où la pause repas est déduite de ta paye alors que t'as même pas forcément le temps de la prendre, sous-effectif permanent... Mais il y a aussi la maltraitance managériale, et la teuf (alcool et drogues) que les patrons nous laissent faire – quand ils ne nous y incitent pas directement, “en compensation”, en disant que c'est open bar toute la nuit pour les employés, ou en devenant tout d'un coup sympa, alors qu'ils ont mal parlé toute la journée. Et l'état d'esprit c'est de ne pas se plaindre, de serrer les dents et de souffrir en silence. Personne ou presque ne se plaint car c'est vu comme normal, alors on avance avec nos nerfs. Cela vient en grande partie du milieu hôtelier, qui est très hiérarchique et militaire, et au sein duquel ton apprentissage passe par le fait de fermer ta gueule pour apprendre, et de te construire là-dedans. Alors qu'on devrait se soutenir collectivement, nourrir les solidarités face aux patrons et aux chefs qui abusent, prendre soin de nous et défendre nos droits. »
C'est là qu'on a besoin de culture syndicale ?
« Dans un épisode, j'ai invité des personnes de MEP Marseille2 avec lesquelles je parlais du fait de travailler dur, ce qui n'était pas si grave s'il y avait de la reconnaissance à nos efforts.
« On est très peu à connaître nos droits »L'une d'elles m'a répondu que la reconnaissance, c'était la carotte pour nous pousser à être productifs mais que ça ne remplit jamais ton frigo. On est très peu à connaître nos droits. Elles ont raconté l'histoire d'une Italienne dont la période d'essai sur son contrat a été écourtée par rapport à ce que dit la loi, de manière à pouvoir mettre fin plus rapidement et facilement à son embauche. Elle est allée en justice avec le collectif et a gagné, c'était une belle victoire.
J'ai moi-même beaucoup appris en faisant ces émissions. Je pense en particulier au droit de retrait, qui nous permet légalement de ne pas travailler dans le cas d'un contexte de travail jugé dangereux. Si on bosse dans une cuisine défectueuse, où les fils électriques touchent le sol humide, ou si tu reçois des décharges électriques à chaque fois que tu utilises un robot – situations classiques. Mais trop souvent encore, utiliser ce droit de retrait va donner l'impression aux collègues qu'on les lâche, alors qu'il faudrait s'allier pour que le patron résolve les problèmes dénoncés. On doit pouvoir s'outiller, apprendre et se défendre pour savoir quand on nous ment – ce qui arrive régulièrement – et ce qui est illégal. »
La consommation de drogues semble être un gros sujet dans le métier...
« Dans nos métiers, la frontière entre fête et travail est vraiment floue, et la gestion des addictions compliquée. Le rythme est souvent frénétique, des montagnes russes émotionnelles, entre moments calmes et intensité, qui nous font passer par tout un panel d'émotions. Et quand le service est terminé, même fatigués, on en veut encore. C'est souvent un travail d'équipe qui rend difficile le fait de quitter le groupe, alors on fait des prolongations.
En tant que meuf, à moins d'être cheffe, c'est parfois compliqué d'être simplement vue comme une coéquipière de taf : tu peux vite être sexualiséeÇa commence en mode festif mais ça peut rapidement devenir une compensation à la dureté de la journée, puis un moyen de tenir le coup, une addiction, et la fête n'est plus drôle. Récemment, dans Le Monde3, ils pointaient la responsabilité des patrons dans la consommation d'alcool et de cocaïne, qui touche toute la hiérarchie. C'est dramatique mais des plus banalisé : en cuisine, on souffre en silence de nos addictions. On a l'habitude d'aller bosser en étant massacrés, c'est notre quotidien, ça nous abîme et des vies sont détruites à force. »
Face à ces difficultés, est-ce qu'il y a des différences entre hommes et femmes ?
« C'est flagrant dans la gestion de ces consommations : un mec qui consomme tout le temps et en souffre ne va pas en parler, même pas à ses potes, car c'est de la faiblesse ; alors qu'entre meufs, on va plus avoir tendance à en parler, même si ça reste une honte et un tabou. Après, en tant que meuf, à moins d'être cheffe, c'est parfois compliqué d'être simplement vue comme une coéquipière de taf : tu peux vite être sexualisée, avec des questions intrusives, alors que t'as juste envie de bosser tranquille. Ce sont des mentalités à changer, les meufs en ont marre mais elles ouvrent de plus en plus leur gueule. Ceci dit, je me suis fait de nombreux frères en cuisine, et d'avoir “connu la guerre” avec eux, ça a rendu nos amitiés fortes. »
C'est quoi les autres sujets que tu abordes ?
« On a fait un épisode sur les meufs dans les restaurants étoilés, qui sont des lieux où les égos peuvent être terribles, et les chefs soi-disant intouchables car ils ont trop de pouvoirs sur leurs équipes et sur leurs établissements. J'aimerais aussi beaucoup faire une émission sur les personnes sans-papiers dans la restauration. J'ai entendu tellement de choses moches, même de patrons a priori sympas.
Après, l'émission ne se résume pas à des coups de gueule. Le projet est au contraire de toucher, faire réfléchir au sein du métier et au-delà. On met énormément d'amour dans une assiette destinée à quelqu'un qu'on ne connaît pas, on donne beaucoup de nous-mêmes malgré les difficultés. Il faut en parler pour changer les mentalités et qu'on puisse continuer à faire ces métiers qu'on aime. Pour la suite, je ne sais pas si j'aurai le temps de continuer à porter le projet seule, alors si des personnes veulent rejoindre la brigade pirate pour amener de l'énergie, parler d'autres sujets, et contribuer à libérer la parole des travailleurs de la restauration, n'hésitez pas à embarquer car la lutte ne fait que commencer4. »
Jonas Schnyder
1 . Le podcast est disponible sur le site de Radio Galère : radiogalere.org/emission/les-cuisiniers-pirates-de-marseille.
2 . Collectif de lutte syndicale de travailleur·ses de l'hôtellerie, de café et de la restauration. Sur Insta : mep_marseille.
3 . « “Je prenais une trace avant le service, cachée dans les toilettes” : comment la cocaïne sature le monde de la restauration », Le Monde (11/07/2026).
4 . Pour contacter la Brigade Pirate : brigadepirate@proton.me.
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Au Maroc, allez directement en prison sans passer par la case départ
19 septembre, par Orianne Hidalgo-Laurier — Caroline Sury, Le dossier
Derrière la vitrine du Royaume avec ses infrastructures flambant neuves et ces événements sportifs internationaux, la majorité de la population vit dans la précarité. Malgré le soulèvement sans précédent de la « Gen Z », la main de fer du Makhzen se resserre, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, pour anéantir toute forme de critique.
Un enlèvement en bonne et due forme, le pied à peine posé sur le sol marocain : le récit que fait Ali Lmrabet, 66 ans, de son arrivée à Tanger le 12 juillet dernier hérisse le poil. À la sortie de l'aéroport, « sept grosses brutes armées » l'attendent dans un angle mort des caméras de surveillance. Coup de coude dans les flancs, balancé à l'arrière d'un fourgon désossé et non immatriculé, il passe les heures qui suivent sans pouvoir ni uriner, ni boire, ni savoir où on l'emmène. « Personne ne s'est identifié ou ne m'a notifié que j'étais en état d'arrestation. Ils ont arraché mon sac, ma montre, mon téléphone. Ils ont tellement serré les menottes que mes poignets étaient bleus, j'ai bien cru qu'ils allaient me couper la main », raconte celui qui a été élu héros de l'information par Reporters sans frontières en 2014. Une fois livré, à plus de 300 kilomètres, au poste de la Brigade nationale de la Police judiciaire (BNPJ) de Casablanca, il apprend qu'il est accusé de diffamation pour avoir parlé de « la structure occulte » du Royaume – le « Makhzen ». « Moi, je travaille en Espagne, j'ai une carte de presse en Espagne, je n'ai pas à répondre de vidéos qui ont été faites en Espagne. Cela s'appelle de la répression transnationale, c'est illégal », fulmine le journaliste, exilé depuis plusieurs années.
Cette jeunesse est celle qui croupit dans le « Maroc inutile » où l'accès au soin, à l'emploi et à l'éducation est bouché. Le Royaume préfère peaufiner sa vitrine internationale à coups de milliards, et dans le calmeIl allonge la liste des intellectuel·les, artistes et militant·es récemment arrêté·es par les autorités marocaines, qu'ils résident ou non en Europe. Un climat de peur s'installe au-delà des frontières. On peut être poursuivi pour un tweet posté depuis l'étranger. Cette vague d'arrestations déferle alors même qu'à l'extérieur, le Royaume renforce sa position stratégique et qu'à l'intérieur, une mobilisation sans précédent l'a secoué : le mouvement GenZ 212. Le tout, dans une ambiance de fin de règne.
Royal barbouzes« Je suis la preuve que la torture persiste au Maroc. Si moi, journaliste, j'ai été agressé, qu'est-ce qu'il en est pour les citoyens lambdas ? ! » Pendant les 72 heures qu'il a passé au cachot, filmé et surveillé H24 par un policier, Ali Lmrabet explique avoir voulu déposer plainte pour violences et séquestration : « Le substitut du procureur était obligé d'ouvrir une enquête. Il ne l'a pas fait. Ils n'ont sorti aucun communiqué. C'est le silence total. Ils ont dû se rendre compte qu'ils avaient commis une bourde et ils veulent étouffer l'affaire. » Remis en liberté sans poursuite, il l'affirme sans détour : « Le Maroc n'est pas une démocratie, mais un état policier. » Le briscard de la presse marocaine est un caillou dans la chaussure de Mohammed VI depuis des décennies : au début des années 2000 il est condamné à de la prison ferme pour « outrage envers le Roi », ses hebdomadaires sont fermés et il est interdit d'exercer sa profession au Maroc. Selon lui, « il n'y a pas de durcissement de la répression, ça a toujours été comme ça ».
À sa sortie du poste, le journaliste tombe sur un comité de soutien. Il comprend que le détenu dans la cellule voisine est vraisemblablement El Mahdi Lyoubi alias Mehdi Black Wind. Le rappeur marocain, résidant à Marseille, a été cueilli lui aussi à l'aéroport, le 13 juillet, au retour d'un séjour en famille. Dix-huit jours de taule et une vague d'indignation internationale plus tard, il est remis en liberté provisoire. L'artiste, ouvertement critique envers le pouvoir, avait pourtant été invité sans problème au festival L'Boulevard de Casablanca en septembre 2025. Aujourd'hui, il est poursuivi pour « outrage à une institution constitutionnelle », tout comme ses homologues Jawad Asradi et Souhaib Qabli.
Ces rappeurs sont antisystème et très connectés. Pour le régime, ils représentent un vrai danger parce qu'ils s'adressent aux jeunesLe rappeur Hamza Raid a quant à lui été condamné pour « incitation à commettre des crimes et délits par voie électronique ». Des chefs d'accusation pratiques pour traquer les esprits critiques jusque sur la toile. El Mahdi risque entre six mois et deux ans de prison et attend sur le sol français son procès qui aura lieu le 2 octobre prochain. « À ce jour, je n'ai toujours pas eu accès à mon dossier et aucun juge ne m'a clairement énoncé ce qu'il m'était reproché. [...] En garde à vue à la BNPJ de Casablanca on m'a fait comprendre que j'étais arrêté à cause de mes paroles », témoigne-t-il dans un entretien à Mediapart.
La jeunesse emmerde le vieux monarqueMalgré la mobilisation #FreeKoulchi (« libérez tout le monde »), le message du Makhzen est clair. « Des artistes politisés qui visent le vrai pouvoir, c'est inédit ! Ces rappeurs sont antisystèmes et très connectés. Pour le régime, ils représentent un vrai danger parce qu'ils s'adressent aux jeunes, tout aussi connectés, analyse Omar Brousky. C'est un mécanisme de socialisation, mais aussi de politisation pour la partie la plus sensible de la société. » Le journaliste vit au Maroc, mais vend ses livres à l'étranger, leur publication étant interdite dans son pays. Si les arrestations des artistes contestataires et des militants pro-Palestine ne le surprend pas, Omar Brousky explique que ce n'est pas le profil de la plupart des participants de GenZ 212. Un mouvement social qui a émergé spontanément sur Discord après la mort de huit femmes enceintes à l'hôpital public d'Agadir. Le 27 septembre 2025, plusieurs milliers de personnes descendent dans les rues, des pancartes « Nous voulons des hôpitaux, pas des stades » au poing. « C'était inimaginable ! Il s'agit de jeunes de 18 à 25 ans, éduqués, de la petite classe moyenne, organisés via les réseaux, mais qui ne sont ni aguerris politiquement, ni soutenus par des partis politiques ou des syndicats, contrairement à ceux du 20 février 20111. Les revendications de ces derniers étaient précises, comme l'installation d'une monarchie parlementaire, celles de GenZ 212 restent assez naïves [la justice sociale et la fin de la corruption – ndlr] et ne visent pas les vraies structures du pouvoir. » Cette jeunesse est celle qui croupit dans le « Maroc inutile » où l'accès au soin, à l'emploi et à l'éducation est bouché.
Le Makhzen a écrasé le mouvement dès le début avec une main de fer. C'est une répression jamais vue au MarocLe Royaume préfère peaufiner sa vitrine internationale à coups de milliards, et dans le calme. Ce même mois de juillet, Lecornu et Akhannouch, le chef du gouvernement marocain, renforçaient en une poignée de main le statut de la France comme principal investisseur étranger. Ça, c'est le « Maroc utile ». « Depuis 2003 et la bénalisation22 du régime, l'économie prime au détriment de l'état de droit », rappelle Omar Brousky. Le budget de la sécurité a quant à lui été multiplié par trois. « Aujourd'hui, avec l'affaiblissement physique du Roi, l'entourage de celui-ci se renforce, ce qui favorise par ailleurs les abus de pouvoir. »
There is no alternativeLorsque Hakim Sikouk sort de chez lui le dimanche 28 septembre, c'est une véritable rafle dans les rues de Rabat : « C'était terrible… La police a commencé à les arrêter 4 heures avant la manif. Elle prenait leurs téléphones, les fouillait, regardait les contacts sur Discord. C'est comme ça que le Makhzen est arrivé à avoir une cartographie de la mobilisation. Ce jour-là, il y a eu 800 arrestations. » Le président de la section de Rabat de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) n'est pas vraiment étonné par la contestation, c'est la brutalité de la réaction qui le sidère : « Le Makhzen a écrasé le mouvement dès le début avec une main de fer. C'est une répression jamais vue au Maroc. Pour le pouvoir, il fallait à tout prix éviter un nouveau 20 février. » Au moins trois morts, des centaines de blessés… Hakim Sikouk dénombre : « Sur 5 000 arrestations, il reste 800 jeunes poursuivis. Certains ont eu des condamnations de trois à six mois de prison, d'autres sont déjà sortis avec du sursis, d'autres attendant encore leur verdict, incarcérés. » Dès novembre 2025, l'AMDH crée le Comité national de soutien aux familles des détenus du mouvement « Génération Z ». Sous embargo depuis 2013, l'association « est aujourd'hui le seul opposant au Makhzen ». A priori, le régime s'en tamponne la couronne : enfermer sa jeunesse en masse, la tenir en exil voire l'envoyer au casse-pipe à la frontière, les conséquences lui importent peu. « Le régime marocain ne prend même pas la peine d'identifier et de rapatrier les cadavres de Ceuta. Il s'en fiche de l'image qu'il donne à l'Europe puisqu'il est soutenu par Trump et Israël. Et puis les organisations européennes de gauche et des droits humains, ça fait longtemps qu'elles ne bougent plus. »
Orianne Hidalgo-Laurier
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Vous avez eu chaud ?
12 septembre, par Lluno — Georges Debanne, Chronique carcéraleLuno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, plongée dans la fournaise.
22 personnes ! En ce début juillet, la salle d'activité est pleine à craquer et, à vrai dire, je suis le premier surpris. Même si je crois dur comme fer aux ateliers que nous proposons et aux espaces qu'ils ouvrent dans l'ordinaire de la détention – disons des zones de tranquillité, de divagation possible, à défaut d'évasion – on ne remporte pas souvent un tel succès. Je comprends vite pourquoi : en mon absence mes collègues ont obtenu deux ventilateurs que les détenus s'empressent de mettre à plein régime. Dehors, le soleil cuit les tuiles noires et un halo de chaleur molle s'en échappe.
« C'est là que vous êtes bande de flemmards ! s'exclame le dernier arrivé.
— Eh ouais, on va pas aller griller en promenade, Papy ! Y'a zéro ombre à cette heure-là. »
Papy se marre en agitant les bras. Jeune quadra tatoué dans le cou et sur le dos des mains, il est déjà « deux fois grand-père » comme il aime à le rappeler pour inciter les autres – codétenus comme surveillants – à faire preuve de respect. Papy rejoint la clique du ventilo numéro un et tire un éventail publicitaire de la poche de son survet'.
Dans un rapport publié en 2024, l'association écolo Notre affaire à tous qualifie le dérèglement climatique en prison de « double peine ». Ici, tout est immédiatement amplifié par la vétusté des locaux, la surpopulation, le manque d'investissement et de volonté politique. Il faut imaginer le pire bâti possible : des complexes entièrement minéraux, dépourvus de végétation ; des pièces petites où cohabitent plusieurs adultes avec une seule fenêtre, jamais de volets. Impossible de se déplacer, mais également de s'abriter du soleil le jour ou d'aérer correctement la nuit. Et dans beaucoup d'établissements, dont ceux que je fréquente, aucune cellule ne dispose encore de douche individuelle. Se laver, ce n'est pas quand on veut ou quand on en a besoin, c'est au mieux trois fois par semaine et toujours au bon vouloir des matons. Le reste du temps, il faut se contenter du lavabo... D'où l'eau sort parfois brûlante en été !
Et puis, en taule plus qu'ailleurs, les emmerdes s'enfilent comme des perles. Pendant la deuxième vague de chaleur cet été, les frigos ont pété les uns après les autres. Parce qu'ils sont vieux ? Parce qu'il fait 45 degrés en fin d'après-midi ? Allez savoir. Le « partenaire privé » a mis une plombe à réagir et, pendant ce temps, la nourriture cantinée à prix d'or s'est gâtée et a été jetée au pied des bâtiments. En quelques jours, les rez-de-chaussée étaient infestés de cafards.
Autour de Papy, on s'échange des bons plans, en mode survie : qui reste allongé sur le carrelage une bonne partie de la journée, qui accroche une serviette trempée à sa fenêtre avant d'aller dormir, qui n'achète plus de produits frais de peur qu'ils moisissent. L'association Notre affaire à tous considère que le risque caniculaire touche désormais 100 % des prisons françaises.
Le lundi suivant nos ventilateurs flambant neufs ont disparu. À la place, une tour en plastique jauni qui crache de l'air tiède en faisant un boucan d'enfer. C'est qu'il fait chaud aussi dans les bureaux de l'administration !
Luno -
Ceuta : une riposte populaire antiraciste
12 septembre, par Eliott Dognon — Arthur Plateau, Le dossierDes abris en feu et des silhouettes tentant de fuir paniquées : à Ceuta, des « manifestant·es » anti-migrant·es ont incendié des campements de fortune le 27 août dernier. Cette agression rappelle l'instrumentalisation de la frontière opérée par l'extrême droite quelques semaines plus tôt à laquelle des habitant·es ont riposté.
« C'était énorme, quelque chose de jamais vu auparavant. La peur, l'incertitude et le chaos sont devenus palpables rapidement », explique Halima Ahmed, éducatrice spécialisée et porte-parole de l'ONG d'aide aux plus démunis Luna Blanca. Le 30 juillet dernier, l'afflux soudain de 60 000 à 80 000 personnes à Ceuta depuis le Maroc a été brutal pour cette ville autonome espagnole de 83 000 habitant·es. D'autant plus que ce chiffre « dépasse les limites des infrastructures et des services de base pour s'occuper de tous ces gens de manière digne », rappelle Halima. Par conséquent, nombre d'entre elleux, épuisé·es par le trajet réalisé à pied ou à la nage, sont contraint·es d'errer dans les rues en esquivant les contrôles de la flicaille malgré le soutien d'associations et d'habitant·es. Tellement invivable que la grande majorité a fait demi-tour vers le Maroc quelques jours plus tard.
Rapidement, on évoque qu'une rumeur concernant l'ouverture de la frontière à Ceuta sur les réseaux sociaux serait l'explication d'un tel afflux en si peu de temps. Des médias nationalistes marocains crient à l'ingérence algérienne, tunisienne ou française, quand les ultranationalistes américain·es crient à un complot fomenté dans leur propre pays. Mais la très grande majorité des exilé·es étant marocain·es, comment ne pas pointer du doigt la politique sociale et économique du royaume laissant des centaines de milliers de jeunes sur le carreau, sans espoir si ce n'est de partir ailleurs ? Les expert·es comme Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CNRS spécialiste des migrations internationales, évoquent même une instrumentalisation de la carotte migratoire par l'État marocain pour mettre une pression diplomatique sur son voisin espagnol1. Dans la confusion, les extrêmes droites européenne et espagnole ont été les plus promptes à récupérer la situation en crachant sur les 96 morts formellement identifiés à ce jour. La réaction spontanée des Ceutien·nes les a ridiculisés.
Les réacs européens unis dans la haineFace à la détresse des exilé·es, la réponse européenne est unanime : repli sur soi et contrôle. Les expressions popularisées par l'extrême droite « submersion migratoire » ou « invasion migratoire » sont désormais employées à tout va sur le Vieux Continent pour parler de vies humaines. Dès le 31 juillet, les infâmes Bruno Retailleau et Jordan Bardella ont été pris d'une crise de tweets aiguë. Le premier dénonce la politique de régularisation des sans-papiers initiée par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, laquelle créerait « un formidable appel d'air qui menace de déstabiliser l'Europe entière ». L'ancien ministre de l'Intérieur français oublie de préciser que ces régularisations ont été réalisées uniquement dans un but économique pour que l'Espagne puisse rester compétitive dans un système capitaliste à bout de souffle. Par ailleurs, la théorie de « l'appel d'air » selon laquelle les politiques d'accueil de réfugié·es pousseraient un nombre encore plus grand de personnes à tenter leur chance sur les chemins de l'exil n'a jamais été étayée par des études scientifiques. De son côté, le président du Rassemblement national appelle à des « expulsions automatiques des clandestins », au « contrôle de nos frontières nationales », à la « protection des frontières extérieures de l'Europe » et à l'« exclusion de l'Espagne de l'accord de Schengen », rejoignant ainsi la position de son homologue italienne Giorgia Meloni. Santiago Abascal, leader du parti d'extrême droite espagnol Vox, appelle quant à lui à une « militarisation permanente de la frontière ».
« Fascistes hors de notre ville »Les groupuscules néonazis, fascistes et identitaires espagnols et européens ont su quant à eux profiter de l'espace Schengen pour venir déverser leur haine directement sur place. Dès le 1er août, des militants de l'organisation néonazie espagnole Núcleo Nacional ont débarqué en ferry à Ceuta. Créée en 2024 à la suite des manifestions nationalistes contre les négociations pour l'amnistie des indépendantistes catalans, celle-ci se compose de membres issus d'autres groupes comme Bastión Frontal, les Ultras Sur du Real Madrid, les Cubos skins ou encore l'organisation fasciste de la Phalange fondée dans les années 1930, puis intégrée au régime franquiste.
L'influenceur et député européen d'extrême droite espagnol, Alvise Pérez est contraint de battre en retraite dans un café face à une foule qui s'égosille : « Ceuta unie, pas divisée ! »À leur arrivée dans l'enclave espagnole, les militants, cagoulés pour certains, t-shirt avec le symbole nazi du soleil noir pour un autre, ont tenté de se rendre à la Plaza de los Reyes dans le centre-ville, escortés par les flics, pour « défendre Ceuta » et « défendre l'Espagne ». Ils ne sont jamais arrivés à destination. Grâce à qui ? Eh bien aux Ceutien·nes qui ont rapidement réagi pour aller sur les lieux en premier aux cris de « fascistes hors de notre ville ! ». « Un groupe de fascistes cagoulés n'avait rien à faire dans une ville dont le multiculturalisme est sa plus grande force », s'indigne Halima Ahmed. Demi-tour les nazis, vous prenez le bateau et vous rentrez chez vous ! Le même jour, l'influenceur et député européen d'extrême droite espagnol, amateur de fake news, Alvise Pérez subit le même sort. Protégé par la police durant toute la journée à essayer d'organiser des petits « happenings » avec ses partisan·es, le fondateur et dirigeant du parti politique Se Acabó La Fiesta (La fête est finie) est contraint une première fois de battre en retraite dans un café face à une foule qui s'égosille : « Ceuta unie, pas divisée ! » Plus tard, la police décide même de l'extrader à bord d'une fourgonnette qui file vers le port sous les déclarations des locaux : « Je suis Espagnol ! Espagnol ! Espagnol ! » En effet, quasiment 50 % de la population de l'enclave revendique à la fois son identité espagnole et musulmane.
Identitaires de France et d'ailleursLe lendemain, la tension monte d'un cran. Outre la venue de l'influenceur et attaché de presse d'Alvise Pérez, Vito Quiles, les membres de l'initiative « citoyenne » européenne réactionnaire Save Europe Act sont venu·es dégueuler leur rhétorique et leurs concepts racistes. Iels ont tout d'abord « bloqué » le poste-frontière d'Algesiras de l'autre côté du détroit de Gibraltar sur le territoire espagnol aux côtés de la Revuelta, une organisation de jeunesse qui fut proche de Vox. Iels ont ensuite débarqué à leur tour à Ceuta pour organiser une manifestation appelant à la « remigration ». Un concept qui incite à la déportation des immigré·es non européen·nes dans leurs pays d'origine, indissociable de la théorie raciste du « grand remplacement ». Très prisée par les identitaires et les suprémacistes blancs, celle-ci prophétise la destruction de la culture blanche et de l'identité européenne.
Si aujourd'hui Vox est la troisième force politique à Ceuta avec 20,64 % des voix obtenues lors des dernières législatives en 2023, l'extrême droite groupusculaire la plus radicale n'a jamais réussi à s'y implanterParmi ces « citoyen·nes », nous trouvons surtout des infréquentables de toute l'Europe comme l'influenceuse et militante identitaire néerlandaise Eva Vlaardingerbroek à l'origine de cette initiative. Parmi elleux se trouve également un fasciste de chez nous : Rafael Ferron alias Raphaël Ayma, membre du groupuscule néofasciste provençal Tenesoun.
Encore une fois, les Ceutien·nes réagissent, répétant inlassablement que « Ceuta [est] unie, pas divisée ». Si aujourd'hui Vox est la troisième force politique à Ceuta avec 20,64 % des voix obtenues lors des dernières législatives en 2023, l'extrême droite groupusculaire la plus radicale n'a jamais réussi à s'y implanter. « Leurs électeurs, principalement racistes, ne supportent pas le fait que l'autre moitié de la population, les Ceutien·nes musulman·es, n'acceptent plus les rôles qui avaient été attribués à leurs grands-parents, qui n'étaient rien d'autre que des domestiques, des livreurs... », analyse Halima. Au moment d'écrire ces lignes, la situation reste tendue entre habitant·es hostiles aux réfugié·es et les structures d'accueil débordées. Mais cette séquence rappelle que l'autodéfense populaire, antifasciste et spontanée fonctionne dans les moments de crise. À bon entendeur.
Eliott Dognon
1 . « Catherine Wihtol de Wenden, politiste : “Le Maroc a pris conscience depuis longtemps de la place géostratégique qu'il occupe pour l'Europe en termes de migrations” », Le Monde (04/08/2026)







