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Conseil de classe : punir les déserteurs
14 février, par Loïc — Mona Lobert, Échec scolaireLoïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?
Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu'on peut, au rythme qu'on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou moins reliés au cours lancés inopinément par les élèves : « C'est qui le meilleur ami de l'homme ? Le chien ou le cheval ? » et de concours improvisés de lecture « à la française » de poèmes de Victor Hugo : « Demain dès l'auuuubeuuh, à l'heure où blanchit la campagnneuh ». Seul hic de la semaine : j'ai deux conseils de classe. L'occasion d'observer le gouffre qui me sépare des autres profs…
« Tout va bien. 134 heures d'absence en moyenne par élève. 35 % de la formation manqués en moyenne. Que demande le peuple ? » Projetée au tableau, la prof principale relit son appréciation de la classe. Nous voilà servi·es. « Je sais pas quoi dire de plus. Ils font ce qui veulent, ils viennent quand ils veulent. ». Les autres profs acquiescent et soufflent. « En même temps, ils ne veulent pas être dans cette filière », rajoute un autre. Le principal embraye pour clore la discussion : « C'est toujours la même chose ! Ils veulent aller ailleurs mais ne savent pas où ! Ils ne font pas les démarches. On ne peut rien faire. » Faire reposer sur les élèves le manque de sens de l'école. Merci chef. On passe ensuite au cas par cas. Pour chaque élève, le débat démarre sur le taux d'absence et les appréciations en conséquence : mise en garde, avertissement ou blâme. Jamais la discussion ne porte sur les raisons qui poussent ces jeunes des quartiers Nord à s'absenter : les galères et les drames du quotidien, ou le désintérêt légitime pour un apprentissage pas choisi. Quand j'évoque les motifs d'absence d'un élève en situation d'exil, le prof d'élec' me regarde avec les yeux ronds : « De toute façon, ils les justifient comme ils veulent leurs absences ! ». Bon républicain, le CPE tempère : « C'est important qu'ils justifient. Plus tard, ils devront faire des arrêts de travail, c'est ça l'apprentissage de la citoyenneté. » En plus, ils ne travaillent pas assez, et se marrent à l'atelier : « Travailler ? Ils ont supprimé ce mot de leur vocabulaire », raille encore le prof d'élec'. Pour celles et ceux qui souhaitent se réorienter, c'est souvent le parcours du combattant. Quand, par miracle, un établissement a de la place en CFA (Centre de formations d'apprentis), il faut ensuite qu'un patron les prenne : « Il devait commencer avec ce patron mais il n'a plus les subventions… », raconte le CPE. Du coup, l'élève reste en lycée pro. L'auditoire soupire mais ne se révolte pas. Même chose quand on discute trouble « dis » : « Il faut un an et demi d'attente pour voir un orthophoniste, un an pour poser un diagnostic. Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse... », geint le chef d'établissement. Au hasard : des manifs, des grosses grèves et des blocages de bahuts peut-être, plutôt que de taper sur des élèves qui désertent une institution défaillante ?
Le lendemain en classe, je discute avec mes élèves : « Monsieur on s'est fait chauffer le cul au conseil ! » rigole l'un deux. Et rajoute « On sera sérieux, mais APRÈS l'école ». Profite va.
Loïc -
Les licenciements de Noël d’un hôtel marseillais
14 février, par Laëtitia Giraud — ActualitésAu pied des marches de la gare, la direction de l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles a tenu à marquer les fêtes de fin d'année par une délicate décision managériale en licenciant six salarié·es, tous·tes syndiqué·es. Récit d'un mauvais tour de passe-passe.
Le froid de ce début d'année 2026 glace les os. Dans le mistral marseillais, au pied de la gare, une vingtaine de personnes est regroupée devant l'hôtel Marseille Centre Gare Saint-Charles. Elles sautillent pour se réchauffer au son des casseroles frappées en rythme et du micro dans lequel cri Toufik Ghodbane, employé de l'hôtel fraîchement licencié : « De l'argent il y en a ! Dans les poches d'Alboran ! »
« On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »Comme cinq de ses collègues, il a appris le 26 décembre dernier son licenciement pour motif économique. La bûche de Noël même pas digérée. L'hôtel, dont le groupe Alboran est propriétaire, affiche pourtant de bons chiffres, selon Karima Malagouen, responsable des petits déjeuners depuis de longues années et également licenciée : « Le 17 décembre on a même eu droit à une fête du personnel, où la direction nous a remis des diplômes. J'en ai eu un pour mes quinze ans d'ancienneté, où il était écrit : “Félicitations pour votre engagement et votre implication”. Et même pas dix jours plus tard, ils me dégagent ! » Masterclass d'hypocrisie.
Le sens du timingLa décision est d'autant plus incompréhensible qu'en mars dernier, le groupe Alboran avait acté l'internalisation de cette équipe de douze femmes de chambre et équipier·es jusqu'alors prestataires, dont les six licencié·es faisaient partie. Furieuse de se sentir déconsidérée, l'équipe au complet part en grève le 29 décembre. Le 2 janvier, la DRH daigne enfin rendre visite, pour leur rappeler que « le personnel a les plus hauts salaires de femmes de chambre de la ville de Marseille selon leur étude de marché », raconte Gaëlle Barbero, juriste du syndicat Confédération nationale du travail-Solidarité ouvrière (CNT-SO). Sous-entendu : de quoi vous plaignez-vous ?
La direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles »« Depuis le début de la grève, on demande à ce qu'ils nous fournissent des preuves de leurs réelles difficultés économiques, mais ils ne nous en donnent pas », continue Gaëlle Barbero. Les grévistes, affilié·es à la CNT-SO, soupçonnent plutôt une basique discrimination syndicale : « Le timing est parfait, ils licencient la moitié de l'équipe du nettoyage sur motif économique, et comme par hasard ils doivent organiser des élections [du personnel] en 2026. » Mais aussi : « Les licenciements interviennent juste avant la fermeture de l'hôtel pour travaux où ils vont être obligés de payer des salariés au chômage partiel. »
Si l'hôtel a fermé ses portes le 12 janvier pour le chantier, la délégation de grévistes compte reprendre la lutte dès sa réouverture, devant les prud'hommes s'il le faut. D'autant plus que la direction n'a pour l'instant rien proposé d'autre qu'une compensation dérisoire et « l'absence de représailles ». Une position que la CNT-SO rejette, appelant à obtenir un « protocole de fin de conflit écrit, conforme aux attentes légitimes des grévistes ». Avec un seul mot d'ordre, celui des banderoles du piquet de grève : « On n'est pas des chiffres, mais des êtres humains. »
Laëtitia Giraud -
Alep : les quartiers kurdes assiégés
14 février, par Arnaud Thomas — Sophie Bourlet, ActualitésMalgré ses engagements à protéger les minorités ethniques présentes sur son territoire, le nouveau gouvernement de transition syrien a envoyé ses troupes assiéger deux quartiers kurdes de la ville d'Alep le 7 janvier dernier. Récit de ce troisième épisode de violences contre les peuples de Syrie.
Je boucle mon sac en cinq minutes : quelques vêtements chauds, mon appareil photo et un kit de premiers secours. Quelques jours plus tôt, le 7 janvier, la nouvelle est tombée : les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh, au nord de la ville d'Alep, sont assiégés par l'armée du nouveau gouvernement syrien.
Dans la ville où je me trouve, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdesAprès les massacres d'Alaouites et de Druzes en mars et juillet 2025, le pouvoir s'attaque à une ancienne cible : les Kurdes. Les quartiers visés, majoritairement peuplés par cette communauté, sont contrôlés par l'Administration autonome du nord-est de la Syrie, aussi appelée « Rojava ». Tout laisse à penser que de nouveaux crimes vont être commis, et déjà des images d'habitant·es pris au piège au milieu des combats nous parviennent. Dans la ville où je me trouve, non loin d'Alep, une partie de la population organise au pied levé un convoi de véhicules pour apporter du soutien médical aux défenses kurdes.
Le 10 janvier au matin, on se retrouve devant le point de ralliement, au Centre d'art de la ville. La logistique et la quantité de matériel médical sont impressionnantes. Chacun s'affaire à organiser le chargement et au moment de prendre la route, les gens se serrent dans les bras.
Sur le trajet, à mesure des villes que nous traversons, des dizaines de voitures civiles se joignent à nous. Cette solidarité vient gonfler notre détermination à percer le siège des quartiers nord d'Alep. Mais au moment de franchir l'Euphrate, frontière naturelle entre les deux administrations, une annonce tombe : la route devant nous est bombardée. Les voitures s'immobilisent. Que faire ? Chacun consulte son téléphone à la recherche d'informations. Des images de tanks, de drones turcs, de dizaines de milliers de combattants syriens auxquels font face quelques centaines de combattant·es kurdes, nous parviennent. Les visages se ferment. Autour de moi, l'idée d'une possible défaite semble faire son chemin. Nous décidons de continuer prudemment.
Juste après Der Hafer, dernier village tenu par l'Administration autonome, les forces syriennes ont ordre de ne laisser passer aucun véhicule. Le convoi doit à nouveau s'arrêter. On espère pouvoir négocier et reprendre la route dès le lendemain. Malgré la tension, l'atmosphère se relâche un peu : des braseros sont allumés, et la soirée s'anime de danses et de chants.
Le lendemain, six ambulances venues d'Alep croisent notre check-point : elles rapatrient les corps de civils et de forces de sécurité kurdes... Dans nos rangs, la décision est alors prise de se séparer : une partie des véhicules, dont le mien, fait demi-tour pour escorter ce triste cortège jusqu'au Rojava. Nous sommes le 11 janvier, et plus tard dans la journée, nous apprendrons l'invasion totale des quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyeh. Ainsi se jouait le premier acte d'une annexion qui se confirmerait les semaines suivantes : le 30 janvier, un fragile cessez-le-feu est déclaré, mais entre les deux administrations les tensions restent vives.
Arnaud Thomas -
JO d’hiver 2030 : un conflit ? quel conflit ?
14 février, par Laëtitia Giraud — Actualités, Léo Gillet
En 2030, les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver se tiendront dans les Alpes françaises. Cocorico ! Mené en douce, ce projet est plutôt un concentré de tout ce qui se fait de pire en matière d'atteintes au droit, à la démocratie et à l'environnement. Alors, pourquoi diable ne nous révolte-t-il pas plus ?
Le 26 janvier dernier, le tribunal administratif de Marseille a jugé qu'il était nécessaire « qu'un débat public soit mené au plus vite » concernant les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de 2030. Cette décision, qui résulte d'un recours déposé par des membres du Collectif citoyen JOP 2030 et des organisations de la société civile, a le mérite de faire émerger l'une des principales irrégularités de ces JOP : l'absence de consultation du public. Et ce à toutes les étapes du projet. Depuis la candidature déposée par la France en 2023 auprès du Comité international olympique (CIO) jusqu'au vote (en procédure accélérée) de la loi spéciale « JO 2030 » le 13 janvier par l'Assemblée nationale, nada. Les différentes instances d'organisation, l'État, les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur, n'ont même pas fait semblant de vouloir recueillir l'avis des premières et premiers concerné·es : nous tous·tes.
À croire qu'ils auraient peur d'entendre ce que nous avons à leur dire : « ce projet est une hallucination, c'est quelque chose qui ne devrait pas exister », résume Delphine Larat, juriste et co-fondatrice du Collectif citoyen JOP 2030. Le tribunal de Marseille énonce même que « les conséquences liées à la réalisation des ouvrages doivent être regardées […] comme étant de nature à affecter l'intérêt national ». Reste à préciser de quel intérêt nous parlons. Celui qui consiste à faire de la France une vitrine de son « savoir-faire » et à « prolonger le formidable élan engagé avec Paris 2024 »1 ? Tout un programme.
« Personne n'a accès à rien, ni la population, ni même les députés : c'est nous qui devons leur fournir l'information ! »Au lieu de se questionner sur l'intérêt public, c'est-à-dire celui de l'État, ne pourrait-on pas plutôt se demander si les JOP servent l'intérêt général ? À savoir celui de toutes les personnes, en France ou ailleurs, qui sont concernées par ce que les JOP 2030 vont leur faire – et leur font déjà. Détricotage en règle des libertés publiques et de la protection de l'environnement dans la loi spéciale du 13 janvier2. Gabegie financière, alors que le gouvernement se fait un malin plaisir de brandir l'épouvantail de la dette pour justifier de son programme de casse sociale. Et enfin, non-sens écologique d'un évènement sportif qui contribuera à accélérer le changement climatique dans des territoires de montagne déjà disproportionnellement impactés par ses effets.
La loi du silencePourtant, pas de révolte populaire à l'horizon. Que se passe-t-il au pays des réfractaires ? La faute aux organisateurs qui maintiennent l'opacité autour des décisions, selon Delphine Larat. « Personne n'a accès à rien, ni la population, ni même les députés ! C'est nous qui devons leur fournir l'information. C'est quand même absolument anormal comme situation » dénonce celle qui a rédigé plusieurs rapports d'analyse à destination des élu·es, notamment au sujet des dépenses publiques liées aux Jeux d'hiver. « Cette affaire de candidature aux JO 2030, c'est un serpent de mer depuis le début », poursuit-elle. Pour rappel, la candidature, portée par les présidents de régions Laurent Wauquiez et Renaud Muselier, est déposée en 2023. La France est alors en compétition avec la Suisse et la Suède. Or, dans ces deux pays, la candidature est soumise à un vote préalable de la population. « Ils ne sont pas fous, eux », glisse Delphine Larat. Suisses et Suédois·es sont donc écarté·es par le CIO – le risque est trop grand ! – laissant la candidature française seule en lice. Mais pas si vite… Pour s'assurer de son maintien, et entériner l'attribution des JOP d'hiver aux Alpes françaises, le Comité exige l'établissement de garanties financières. Problème : celles-ci engagent l'État français mais aussi, et surtout, les collectivités territoriales.
Selon le premier inventaire chiffré des infrastructures pour les JO, dont le contenu n'a été rendu public que le 14 janvier dernier, 1,4 milliard d'euros seraient confiés à la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo) pour leur réalisation.
La ferveur mystique autour des Jeux olympiques continue de provoquer l'adhésionUn tiers des financements publics de ce budget serait imputé aux collectivités territoriales, à qui personne n'a demandé leur avis. Une situation que certain·es élu·es dénoncent, comme le président du département de Savoie Hervé Gaymard, qui a claqué la porte du Comité d'organisation des JOP en décembre 2025 refusant de « servir de variable d'ajustement ».
Produire le consentementDans les autres départements hôtes des JOP 2030, et notamment les Hautes-Alpes, le conflit semble difficilement émerger. En cause, le manque d'information mais aussi la dépendance à l'économie du tourisme d'hiver dans ces territoires de montagne. « Le modèle tout ski, on n'a rien d'autre, raconte Marine*, résidente du village du Monêtier-les-Bains dans la vallée de Briançon. On est dans une fuite en avant. Tout le monde en dépend mais en même temps il n'y a pas de réflexion pour autre chose. » Le programme « Avenir montagnes » lancé par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en 2021 en est une bonne illustration. Ce plan d'investissement, qui vise à accompagner la transition économique et écologique de ces territoires, n'est financé qu'à hauteur de dix millions d'euros pour couvrir 98 sites. À titre de comparaison, les JOP 2030 se chiffrent à plus de trois milliards d'euros pour consacrer ce fameux « modèle tout ski » dans les sites olympiques.
« Des évènements comme les JO, ça engage nos territoires pour 20, 30 ans. On a l'habitude de leurs héritages, et bien souvent, ce sont des dettes. »La ferveur mystique autour des Jeux olympiques continue donc de provoquer l'adhésion. Le discours généré autour de « l'héritage » de l'évènement sportif, qu'il soit matériel ou immatériel, produit le consentement des territoires qui accueillent les épreuves. Ceux-ci sont alors prêts à laisser de côté leurs doutes, pourvu que les retombées économiques liées aux investissements massifs et les gains en visibilité soient bien là. Et tant pis si les habitant·es ne sont pas associé·es au processus décisionnel. « Il faut bien que quelqu'un prenne les décisions », argumente Marie Bellon, maire de Villar-Loubière et présidente de l'Association des maires ruraux dans les Hautes-Alpes (AMR 05). Pour elle, la sélection de son département pour les JOP 2030 est une aubaine pour un territoire « qui n'a encore jamais accueilli de Jeux d'hiver ». Tant pis aussi si l'argument de la nécessité économique de ces JOP ressemble étrangement à du chantage à l'emploi. Arnaud Murgia, maire de Briançon, menaçait en décembre dernier au micro d'Ici Provence : « Qu'est-ce qu'on fait ? On se met tous au chômage ? » Avant de comparer le destin de son territoire à celui des bassins miniers désindustrialisés.
Refuser cet héritageSi la comparaison semble exagérée, on peut comprendre la pression autour du maintien de l'économie du tourisme, principal pourvoyeur d'emploi du département. Pour les élu·es, il s'agit de naviguer entre l'économiquement possible et l'écologiquement souhaitable. Un équilibre précaire qui les conduit souvent à une posture de déni et d'irresponsabilité. Pierre Leroy, adjoint au maire de Puy–Saint-André, une commune à proximité du site olympique de Briançon, le déplore : « Des évènements comme les JO, ça engage nos territoires pour 20, 30 ans. On a l'habitude de leurs héritages, et bien souvent, ce sont des dettes. Alors comment peut-on aujourd'hui le refuser ? »
Portés par des élu·es, des collectifs et des associations, des recours ont été déposés devant différentes juridictions, et jusque devant le Comité d'Aarhus, instance onusienne compétente en matière de démocratie environnementale. Delphine Larat précise sa stratégie : plutôt que d'attendre que les chantiers se lancent, « il faut en couper la tête dès le début ». Autrement dit, attaquer le projet au fond, ainsi que sur la forme, « puisqu'il y a de nombreuses irrégularités au niveau du droit ». Mais pas si simple de construire la solidarité dans la lutte, quand les Jeux s'étalent sur trois territoires distincts. Cette fois, il s'agit de travailler à la coordination des différentes mobilisations. Et de continuer à visibiliser les errements de cette mauvaise farce mortifère. Les blagues les plus courtes ne sont-elles pas les meilleures ?
Laëtitia Giraud* à sa demande son prénom a été modifié.
1 Avis de la Commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport du Sénat sur le projet de loi relative à l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2030, rendu le 11 juin 2025.
2 Voir « “On dérégule à tous les niveaux” : les députés votent le projet de loi sur l'organisation des JO d'hiver 2030 dans les Alpes françaises », Vert (19/12/2025).
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Fuck the pol’ICE
14 février, par L'équipe de CQFD — ÉditoIl suffit de les voir pour saisir le basculement fasciste en cours. Cagoules, lunettes noires, treillis militaires voire, carrément, cosplay d'officiers nazis, voilà des mois que les agents de l'ICE quadrillent les rues des grandes villes américaines, brutalisant au gré de leurs pulsions mortifères quiconque croise leur route. En ce début 2026, à la longue liste d'arrestations violentes et de mort·es, s'ajoutent deux décès : ceux de Renée Good et d'Alex Pretti. Les images de leur mise à mort, en plein jour, à bout portant, glacent le sang. Et nos médias nationaux se sont indignés, à juste titre, de ces exécutions sommaires, ainsi que des éléments de langage MAGA osant accuser de violence les deux défunt·es. Ah ça, on peut faire confiance aux éditorialistes de tous bords (ou presque) pour afficher un dégoût de circonstance quand Trump, le dictateur fou, et sa meute de chiens enragés, donnent libre cours à leur brutalité. C'est que, dans la patrie des droits de l'Homme, on ne verrait pas ça !
Et pourtant. C'est bien de ce côté-ci de l'Atlantique que des bacqueux hors de contrôle tabassaient le jeune Mehdi dans les rues de Marseille en 2023. De ce côté-ci aussi que nos policier·es, biberonné·es au racisme et à l'ultraviolence, assassinaient Zyed, Bouna, Amine, Babacar, Steve, Souheil, Nahel et tant d'autres avant eux. Et encore de ce côté que d'authentiques rafles de personnes exilées étaient organisées l'année dernière à Calais ou à Briançon. Ce mois-ci, pendant que toute la presse s'offusquait de la violence de l'ICE, El Hacen Diarra, 35 ans, était roué de coups jusqu'à la mort par des policier·es du 20e arrondissement de Paris, sans l'ombre d'un motif d'interpellation. Comme d'habitude, les preuves vidéo des caméras-piéton des agent·es ont depuis « disparu »… Mais de toute façon, un tel dispositif pourrait bien devenir inutile puisqu'à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez propose d'offrir aux gâchettes de la République une « présomption de légitime défense ».
Il va sans dire qu'en la matière, les USA ont franchi un palier répressif. Reste que l'indignation des médias et des responsables politiques franchouillards se révèle à géométrie fort variable quand c'est chez nous que les chiens de garde tuent et mutilent.
Tout n'est pourtant pas si noir. Car s'il y a bien une leçon à retenir des événements de Minneapolis, c'est que les mobilisations collectives et la solidarité sans faille des habitant·es ont pour l'instant permis de remporter une demi-victoire. Et cerise sur l'espoir, on a même pu récemment compter sur « the Boss » Bruce Springsteen pour encourager la rage et l'insoumission du peuple de la liberté. Dans son morceau « Streets of Minneapolis », véritable hymne anti-ICE, il laisse monter la clameur des voix de manifestantes et manifestants, hurlant en chœur « ICE Out ! » Merci Boss.



