Souriez vous êtes filmés

BIG BROTHER IS WATCHING YOU !!!

samedi 9 octobre 2004

L’administration justifie souvent les projets de vidéosurveillance par la suppression des postes de MI/SE et autres aide-éducateurs (à JBD, sept postes supprimés depuis septembre 2003). Ce type de surveillance, uniquement répressif (on ne peut agir qu’a posteriori) a été choisi plutôt qu’une présence renforcée d’adultes surveillants. Où est l’acte éducatif lorsque l’infraction est repérée par une caméra ? Désormais, ne pouvant savoir s’il est regardé, ni par qui, ni pourquoi, l’élève se soumettra au comportement qu’on attend de lui, sous peine de sanction.


un article écrit par une copine de SUD-Educ pour le journal local. SUD-Educ. Jànos

BIG BROTHER IS WATCHING YOU !!!

La société sécuritaire dans laquelle nous nous installons tranquillement n’en finit pas de déployer des trésors d’ingéniosité afin de faire accepter son idéologie, ses pratiques, ses dérives. Dans l’Education Nationale, la mode est à la surveillance des élèves et des personnels à l’aide de cartes magnétiques ou de caméras destinés à la « vidéosécurité ». Quelques exemples dans le Gard Le Lycée Montaury, à Nîmes, a instauré la carte magnétique comme moyen de pénétrer dans l’établissement, pour les personnels et les élèves. Cette carte magnétique permet également le passage au restaurant scolaire. Si l’on peut aisément imaginer le gain de temps pour le personnel d’intendance, en ce qui concerne la gestion de la restauration d’un gros établissement (1700 élèves) pourvu d’un internat, les effets pervers liés à son utilisation n’en sont pas moins réels. A l’origine, les cartes devaient servir de « filtre » à l’entrée du lycée. Ne pourraient y pénétrer que les élèves du lycée, non les indésirables. Dans les faits, les élèves externes ne s’encombrent pas de leur carte magnétique, profitant de celle de leurs camarades demi-pensionnaires. Exit l’argument de la sécurité. Mais pire : ces cartes enregistrent les données de leur propriétaire : si l’administration veut connaître l’heure d’arrivée des enseignants et surveiller les retardataires, rien de plus simple que de consulter, sur l’ordinateur du lycée, les données enregistrées par le passage à la case « portail d’entrée ». L’an dernier, le proviseur, après une dispute avec une enseignante, lui a interdit l’entrée au lycée… en démagnétisant sa carte ! Cette année, c’est le projet d’équiper le lycée avec un système de vidéosécurité qui a retenu l’attention de l’administration. Elle a d’abord procédé à la consultation des collègues, consultation démocratique, jugez-en : sur les bulletins de vote (pour ou contre le projet) devait figurer le nom des enseignants. Les parents, eux aussi, ont été consultés. Le résultat de la consultation est édifiant : 87% d’avis favorables chez les enseignants, mieux que les parents (84%) ! Le lycée Jean Baptiste Dumas (JBD) d’Alès a été équipé, cette année, de caméras de surveillance. L’an passé, de nombreux incidents ont eu lieu dans la cité scolaire, le point culminant ayant été atteint à la mi-novembre 2003, avec un jet de projectiles depuis un quatrième étage, blessant gravement un élève. Cet incident, grave, a été l’occasion pour le proviseur de sortir de sa manche ce gadget, qui, sous couvert de hi-tech, permet de s’affranchir d’une vraie réflexion sur la surveillance de cette énorme cité scolaire (3500 élèves, 480 professeurs, située à proximité de cités HLM concentrant beaucoup de monde).Le programme prévoit un total de 90 caméras sur l’ensemble du site (intérieurs + extérieurs). La première phase de travaux (sur le point d’être terminée) repose sur 32 caméras en priorité sur les extérieurs et les entrées de bâtiments. Comment ça marche ? Le système consiste à enregistrer sur un disque dur les informations (les caméras se déclenchant lors d’un passage quelconque). Le disque dur est saturé aux alentours de 72 heures et s’efface automatiquement. Il n’est donc possible de s’y référer qu’en cas d’incident et dans un délai très court. A JBD, en théorie, les écrans sont consultables dans un local, à l’administration, par le proviseur, les trois proviseurs adjoints et l’intendant et également à la loge par le veilleur de nuit. Dans les faits, dans un des bâtiments, l’écran est dans la salle des conseils de classe ! A quoi ça sert ? L’administration justifie souvent les projets de vidéosurveillance par la suppression des postes de MI/SE et autres aide-éducateurs (à JBD, sept postes supprimés depuis septembre 2003). Ce type de surveillance, uniquement répressif (on ne peut agir qu’a posteriori) a été choisi plutôt qu’une présence renforcée d’adultes surveillants. Où est l’acte éducatif lorsque l’infraction est repérée par une caméra ? Désormais, ne pouvant savoir s’il est regardé, ni par qui, ni pourquoi, l’élève se soumettra au comportement qu’on attend de lui, sous peine de sanction. A qui profite l’affaire ? L’équipement est financé par le Conseil Régional : verra-t-on les crédits alloués à cette ligne budgétaire diminuer dans le prochain budget du nouveau président de région ? Rien n’est moins sûr : il serait dommage de ne pas profiter des retombées électorales jouant sur le sentiment d’insécurité. Mais ce sont surtout les entreprises spécialisées dans ce type d’équipement qui se frottent les mains. Près de 70 établissements du second degré dans notre département, ça en fait, des caméras à installer !

Ce que l’on traite, en installant des systèmes de vidéosurveillance, c’est le sentiment d’insécurité(non l’insécurité elle-même), au détriment des valeurs que l’école a pour mission de transmettre et notamment la liberté individuelle.


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