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Lobotomie wokiste
24 janvier, par Thelma Susbielle — BouquinManif, robocops, molotov et laboratoire clandestin : avec Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops, Elsa Klée signe une bande dessinée furieusement révolutionnaire. Un premier épisode qui dynamite la police, le patriarcat et la bienséance. Boum !
Ça commence en pleine action, comme un coup de matraque. En pleine manifestation féministe à Paris, Neylan et Maria se font gazer par les cowboys de la street. Réponse immédiate : elles lancent un cocktail molotov. Un robocop s'effondre. Plutôt que de fuir, elles l'embarquent. Mais ce qui ressemble à un débordement improvisé fait en réalité partie d'un plan bien huilé. Direction le Planning familial, quartier général discret où trois autres militantes les attendent. Tout a été calculé.
Grâce aux réseaux sociaux, l'identification est rapide : Clément Wurtz, gradé de police. « On a tiré le gros lot ! » Après une course-poursuite digne de Thelma et Louise, Neylan et Maria prennent la route vers le Sud, le poulet dans le coffre, et rejoignent le reste du groupe. Elles sont cinq au total – Neylan, Bru, Elsa, Garbo et Maria – unies par une certitude : il faut s'attaquer au premier rempart du système patriarcal et raciste, la police. Et ce n'est que le début !
Car Elsa & Haters, épisode 1 : Not All Cops (Cambourakis, 2026) ne se contente pas de fantasmer une vengeance brute. Dans leur labo souterrain, ces super-héroïnes version punk expérimentent une autre piste : pénétrer le cerveau de ces mâles blancs en uniforme pour leur infliger un petit lavage de cerveau wokiste. Rééduquer plutôt que punir ? Même là, le doute s'invite, et la BD se permet de questionner ses propres élans révolutionnaires. « Je croyais qu'on avait dit que c'est pas en butant deux ou trois keufs qu'on renverserait le système patriarcal et raciste », lâche l'une d'elles, rappelant que la radicalité n'exclut pas le débat stratégique ni une certaine éthique de l'action.
Graphiquement, l'autrice Elsa Klée opte pour un noir et blanc sec, efficace, sans fioritures. Le trait est fin, tendu, résolument moderne. L'esthétique underground irrigue chaque page, sans jamais sombrer dans le glauque. Oui, ça tape du flic, parfois de manière gore, mais toujours avec un sens du rythme et du découpage qui maintient une distance ironique. L'humour est grinçant et salvateur.
Ce premier épisode est volontairement court, mais il va droit au but. Il pose un univers, un collectif, une colère, et surtout une promesse : celle d'une série aussi jubilatoire que subversive. Elsa & Haters s'annonce comme une BD révolutionnaire, qui refuse la tiédeur, assume la provocation et redonne à la fiction politique un goût de poudre et de liberté. Une entrée en matière particulièrement savoureuse, qui donne terriblement envie de lire la suite.
Thelma Susbielle -
« Professeur, je ne veux pas de cet enfant »
24 janvier, par Étienne Jallot — Déa Guili, Morceaux volésDans Lettres pour un avortement illégal, l'association Choisir la cause des femmes a compilé une cinquantaine de lettres écrites entre 1971 et 1974 par des femmes qui souhaitent avorter, adressées au Professeur Milliez, médecin pro-avortement. Une archive rare qui rappelle l'impératif de lutter pour disposer librement de nos corps.
Un trésor historique dormait dans les archives de l'association Choisir la cause des femmes1. Entre des rangées de livres et des piles d'archives, les membres de l'association ont retrouvé une chemise cartonnée portant la mention « Histoire d'A ». Épinglée à la pochette, une feuille en papier jauni : « dossier “Avortement” remis par le Pr. Milliez. Intérêt historique ». À l'intérieur, 51 lettres écrites entre 1971 et 1974 par des femmes désireuses d'avorter dans les plus brefs délais. Elles sont destinées au Professeur Paul Milliez, un médecin rendu célèbre pour ses positions pro-avortements lors du procès de Bobigny en 19722. Compilées par l'association au sein de l'ouvrage Lettres pour un avortement illégal (Libertalia, 2025) elles témoignent de l'insupportable condition dans laquelle étaient plongées ces femmes interdites d'avorter. Celles qui écrivent ont entre 16 et 50 ans, souffrent de précarité et vivent souvent loin des grandes villes. N'ayant pas les moyens d'avorter dans les réseaux clandestins ou à l'étranger, elles se tournent vers le Professeur Milliez comme dernier espoir. Dans une correspondance avec l'association, l'écrivaine Annie Ernaux y voit « la preuve absolue, aveuglante que les femmes pauvres n'avaient aucun moyen d'avorter [...] les plus riches et celles qui avaient des relations trouvaient facilement des solutions ». Entre l'angoisse et l'urgence, on lit dans ces lettres le désir assumé de disposer librement de son corps. « Leur choix d'écrire […] nous apparaît moins comme un acte de supplication que comme un acte de rébellion et de désobéissance face à l'injustice de la loi qui pénalise l'avortement », écrit Choisir la cause des femmes, en postface de l'ouvrage. À l'heure où les fascistes au pouvoir, en Pologne ou aux États-Unis plongent des milliers de femmes dans les dangers de l'avortement illégal, ces lettres rappellent à tous·tes qu'il est impératif de ne jamais cesser de lutter pour décider librement de faire naître ou de ne pas faire naître.
Étienne Jallot12 novembre 1972Monsieur le Professeur,
Si je me permets de vous écrire c'est parce que vous seul pouvez m'aider. Je suis mariée j'ai deux enfants en bas âge. J'en ai un le plus jeune en nourrice. Je suis obligée de travailler depuis le mois de mars comme vendeuse. Car le salaire de mon mari n'est pas suffisant. De plus je m'occupe de mes frères c'est-à-dire deux, car je suis la plus vieille et que nous sommes restés tous les trois orphelins assez jeunes.
Et voilà que je viens de m'apercevoir que je suis enceinte de trois semaines : je prenais des pilules mais j'avais arrêté le mois dernier pour me reposer. Je ne sais vraiment pas comment faire. Je suis désespérée car je ne voudrai pas cet enfant. Et mon mari est d'accord. Pouvez-vous m'aider ? Pouvez-vous faire quelque chose pour moi ? J'espère que oui. Je mets tout mon espoir en vous. Puis-je aller vous voir, que pourrais-je faire ?
Dans l'attente d'une réponse de votre part. Recevez Monsieur le Professeur mes sincères salutations.
22 novembre 1972Monsieur,
Je m'excuse de vous déranger mais peut-être êtes-vous mon salut mon seul refuge de vous dépend ma vie. Voici : je suis enceinte et ne veux absolument pas de cet enfant en ayant déjà cinq et un mari malade du cœur. J'ai fait tout ce que je pouvais pour faire une fausse couche mais rien n'y fait. J'ai donc pris une assurance-vie et ainsi je pourrai me suicider sans laisser mon mari et mes enfants dans le besoin du moins dans l'immédiat car n'étant pas riche je n'ai pu prendre une assurance de plus de 3 200 000 j'écris en anciens francs. Mais ce qui m'ennuie dans ce projet c'est mon petit garçon de trois ans. Il est toujours derrière moi et dès qu'il ne me voit plus m'appelle et me cherche partout, même la nuit en dormant il m'appelle je lui fais deux ou trois chuts et il se rendort paisiblement. Ce sera pour lui plus dur. J'ai longuement hésité pour lui. Mais il n'y a rien à faire je ne veux pas de cet autre enfant aussi je vous demanderai si vous pouvez quelque chose pour moi S.V.P. ou si vous ne pouvez ce que je comprends très bien à cause de la loi pouvez-vous me donner l'adresse et le montant d'une clinique en Angleterre S.V.P. Je vous en prie Professeur – essayez. La deuxième question serait même très bonne et je puis vous jurer que personne ne saura que c'est vous qui me l'avez donnée. Seulement je vous demanderai de me répondre vite S.V.P. car la 24e semaine se termine le 10 décembre.
Je vous remercie à l'avance.
En espérant que vous pourrez peut-être quelque chose pour nous.
Je vous prie de croire Monsieur le Professeur à l'expression de mes sentiments les plus distingués.
2 juin 1973Monsieur le Professeur,
Vous voudrez bien me pardonner de venir vous importuner mais je ne sais à qui je pourrais confier mon problème actuel, si ce n'est à vous : je vous l'avoue brutalement, je suis enceinte de cinq semaines.
Hier soir, j'ai consulté un gynécologue qui ne « peut rien faire ». Il m'a seulement proposé de me diriger en Angleterre, ceci pour 2 000 francs. C'est beaucoup trop cher, car je serai pratiquement seule pour financer cette somme, mon fiancé étant étudiant ingénieur et de plus loin de moi en ce moment.
Quant ,à moi, je travaille, il est vrai, [en tant que] secrétaire médicale mais je tiens cela en secret et j'ai l'impression de vivre « au ralenti ». Cette situation devient de plus en plus insupportable.
Je pensais aller à [Préfecture de Province] mais je ne sais si ce mouvement n'a pas été démantelé et surtout si je peux me mettre en rapport avec ses membres car je crains qu'ils ne soient surveillés.
J'ai suivi depuis le début cette polémique sur l'avortement. Je sais que vous avez pris courageusement position en face de ce problème que les hommes de loi abordent avec lâcheté car il ne fait nul doute qu'eux s'en servent sans scrupule et surtout sans problème financier. Va-t-on le laisser devenir un privilège de la bourgeoisie hypocrite !
Aussi je m'en réfère à vous afin que vous me donniez des conseils. […] J'espère très vivement que vous allez pouvoir me guider et trouver une solution à mon état qui m'accable chaque jour un peu plus. Je vous remercie de ce que vous ferez et je vous prie de croire Monsieur le Professeur à l'assurance de mes sentiments les plus respectueux
2 Avril 1974Monsieur le Professeur,
En toute simplicité je viens me confier à vous. Voici mon histoire, mes ennuis.
Je suis sage-femme DE, âgée de 60 ans exerçant à [lieu] dans le [département], mère de trois garçons que j'ai dû élever toute seule, mon mari m'avait abandonnée.
Ce qui m'arrive aujourd'hui est grave. J'ai avorté une femme en détresse qui avait déjà quatre enfants, milieu misérable. N'ayant pas l'argent nécessaire pour se faire avorter dans un pays voisin et très proche, car on demande 3 000 francs suisses, cette pauvre mère avait tellement insisté, j'ai eu pitié d'elle et j'ai aidé l'interruption de cette grossesse non désirée. Après quinze jours elle est morte dans un hôpital de [métropole], congestion pulmonaire, reins bloqués. Je suis accusée de cette mort et j'étais inculpée durant quinze jours en prison pour violences volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner.
Pardonnez-moi si je vous ennuie avec ma confession, mais je vous ai entendu parfois à la télévision, votre bonté, votre compréhension pour les femmes malheureuses et sans défense.
Je suis usée par le travail et souffre d'une angine de poitrine, le procès aura lieu prochainement, ma carrière est brisée, ma vie de femme humiliée.
De tout cœur, Monsieur le Professeur, je vous envoie mes salutations angoissées et respectueuses.
Une malheureuse.
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Les multipropriétaires se foot de notre gueule
24 janvier, par Eliott DognonEn début de saison, les supporteur·ices du Racing Club de Strasbourg entraient en lutte contre la multipropriété dans le foot. Un fléau que les fans de ballon rond essayent d'endiguer.
En septembre dernier, à peine le Championnat de France de Ligue 1 avait commencé que les supporteur·ices strasbourgeois·es étaient vent debout contre la direction de leur club : le Racing Club de Strasbourg (RCS). La raison ? « Il apparaît désormais clair que le Racing est utilisé comme une réserve spéculative, destinée à accumuler des joueurs surpayés pour en tirer une plus-value ou alimenter Chelsea, véritable équipe première dans ce système multipropriétaire », dénonçaient quatre groupes de supporter·ices via un communiqué commun publié le 14 septembre dernier.
Face au fléau des transferts en « circuit fermé », la timidité de la Pat' Patrouille financière entraîne des dérivesEn juin 2023, le président du RCS Marc Keller décide de vendre le club au consortium anglo-américain BlueCo. Problème, BlueCo possède déjà le club anglais de Chelsea qui économiquement et sportivement pèse plus que le RCS. Résultat : le consortium utilise Strasbourg comme base arrière pour Chelsea et l'avenir sportif du RCS devient secondaire.
Un football en vase closLe 12 septembre dernier, l'attaquant néerlandais Emanuel Emegha annonce conjointement avec Chelsea et le RCS son départ du club alsacien pour le club londonien à l'été 2026. Il est pourtant encore sous contrat dans le Bas-Rhin et la saison vient de démarrer. Même s'il est performant sur le terrain, comment ne pas douter de son investissement ? Le RCS risque de structurellement devenir le « centre de formation » de Chelsea où des joueurs prometteurs sont stockés en attente de crever l'écran ou d'être revendus plus cher. Le club perd donc ses propres ambitions sportives. Et face aux transferts en « circuit fermé », la timidité de la Pat' Patrouille financière entraîne d'autres dérives. Des clubs d'un même propriétaire vont jusqu'à surfacturer des transferts de joueurs qu'ils s'échangent dans le but d'équilibrer les bilans comptables.
La multipropriété entraîne aussi de sérieux conflits d'intérêts. La saison dernière, le club anglais de Manchester City et le club espagnol du Girona FC participaient tous les deux à la Ligue des champions, la plus prestigieuse des compétitions européennes, alors que la holding émiratie City Football Group possède entièrement le premier en plus d'être le principal actionnaire du deuxième. Si le règlement de l'Union des associations européennes de football (UEFA) l'interdit, le City Football Group s'en est arrangé : il a transféré ses actions du Girona FC vers une structure « indépendante » supervisée par l'UEFA, a démissionné ses sbires du club et s'est engagé à ne pas faire de transferts entre les deux clubs pendant la saison. Mais ce tour de passe-passe ne dupe personne. On se dirige bel et bien vers un football en vase clos opaque, structurellement inégalitaire et dont « l'intégrité des compétitions nationales et internationales est grandement compromise » dénonce l'Association nationale des supporters.
Contre la déshumanisation du footballUn club de foot est censé garantir une identité culturelle et un patrimoine historique et social local. Ainsi tout le mois de septembre, les supporteur·ices strasbourgeois·es, ont déployé un arsenal d'actions pour se faire entendre : communiqués, banderoles « BlueCo Out », et dénonçant la multipropriété, boycott des encouragements… Plusieurs groupes ultras français laissent alors leurs rivalités de côté pour déployer des banderoles de soutien aux supporteur·ices du RCS. Mais dans le foot comme ailleurs, les capitalos répriment. Dès le 18 septembre, la direction du club notifie par mail aux groupes de supporter·ices du RCS que les banderoles qui entrent au stade de la Meinau sont désormais contrôlées, la surveillance de ces groupes accrue et la sécurité dans leur tribune renforcée.
Pourtant des alternatives à la financiarisation du football existent. En Allemagne, la règle du « 50 +1 » stipule que 51 % d'un club professionnel doit appartenir à ses membres et donc qu'un investisseur privé ne peut en détenir plus de 49 %. Et de vrai·es amoureux·euses du football vont encore plus loin en détenant à 100 % leur club pour en faire de réels instruments de cohésion sociale et de lutte, comme les Bohemians de Dublin, le FC United of Manchester ou le CS Lebowski (Florence). Fans de foot, ne perdez pas espoir !
Eliott Dognon -
Quand la résistance s’organise : l’antifascisme de masse contre l’AfD en Allemagne
24 janvier, par Niel Kadereit — Julien Abié, Actualités
Pour juguler la résistible ascension de l'extrême droite au pouvoir en Allemagne, la toute jeune coalition antifasciste Widersetzen compte sur la mobilisation des masses et la désobéissance civile. Entretien avec son porte-parole Noa Sander.
Il ne semble pas excessif d'admettre qu'au cours de son histoire, l'antifascisme allemand a connu, disons-le, quelques défaites. Des camouflets avec lesquels l'organisation Widersetzen (« résister » en français ou « s'opposer à ») espère bien rompre. Le 29 novembre dernier, elle organisait à Giessen, ville moyenne de la Hesse1, l'une des plus grandes actions de blocage antifasciste de la récente République fédérale d'Allemagne. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, venues des quatre coins du pays, se sont réunies pour bloquer les routes et empêcher la refondation de l'organisation de jeunesse du parti d'extrême droite Alternative für Deutschland (AfD). Adepte de la « remigration », qui n'est en réalité ni plus ni moins que la déportation massive de populations, l'AfD est désormais la deuxième force politique au Parlement. Si Generation Deutschland, son parti de jeunesse encore plus radicale, a bien pu voir le jour, Widersetzen se targue, avec cette mobilisation d'ampleur, de construire un antifascisme de masse. Avec son porte-parole Noa Sander, nous avons discuté la stratégie du mouvement.
Comment présenteriez-vous votre organisation ?
« Widersetzen est une coalition de différentes organisations qui s'est créée contre le congrès de l'AfD à l'été 2024. Notre organisation réunit aussi bien des groupes antifascistes traditionnels que des militant·es issu·es du mouvement écologiste, des syndicats, des milieux queer-féministes et d'initiatives antiracistes.
« La désobéissance civile nous permet de devenir un obstacle concret, massif et direct à la montée du fascisme »L'objectif de cette coalition est d'organiser des actions de désobéissance civile massives contre le fascisme et de bloquer physiquement la tenue de leurs événements. »
Pourquoi cette stratégie de désobéissance civile de masse ?
« Nous optons pour un antifascisme de masse parce que l'histoire nous montre que le fascisme n'a pas besoin de l'adhésion active d'une grande majorité, il lui suffit que la résistance fasse défaut. La désobéissance civile nous permet de devenir un obstacle concret, massif et direct à sa montée. C'est quelque chose de très palpable que j'ai moi-même ressenti lors des blocages à Giessen, lorsque j'étais entouré de milliers de personnes et que, face à nous, les nazi·es ne passaient pas. Cela permet à chacun·e de prendre conscience de sa propre puissance et de continuer à s'engager. De plus ces actions envoient un signal fort à la société : des milliers de personnes sont prêtes à faire un pas supplémentaire dans la lutte contre l'extrême droite en s'y opposant avec leur corps et en dépassant le cadre légal. En ce qu'elles sont facilement compréhensibles et accessibles pour les personnes qui n'ont jamais manifesté, ces actions peuvent toucher beaucoup de monde. »
Vous réclamez l'interdiction de l'AfD par l'État, considérez-vous que celui-ci peut être un allié contre le fascisme ?
« Nous pensons que la pression populaire peut forcer l'État à interdire ce parti. Pour autant, nous ne comptons pas sur lui : nous agissons par nous-mêmes. Nous faisons l'expérience que l'État ne combat pas le fascisme, pas plus que ne le font les partis libéraux de gouvernement. Au contraire, ils donnent l'ordre à la police de dégager un chemin aux fascistes à coups de matraque.
« Ce qui nous protège c'est d'abord le fait d'être très nombreux·euses »Nous assistons à une criminalisation croissante des personnes qui luttent contre l'extrême droite. La seule issue à cette fascisation de la société est de nous organiser ensemble. »
Et en dehors des blocages, qu'est-ce que cela implique ?
« Nous pensons que l'antifascisme se vit au quotidien. Depuis un an, plus de 80 comités locaux se sont formés partout en Allemagne. À travers eux se créent des réseaux de solidarité concrète. Cela peut passer par soutenir les personnes dans les camps de réfugié·es, organiser des événements féministes, s'engager activement dans un syndicat local, travailler avec les familles endeuillé·es par les violences d'État, mais aussi lutter pour des améliorations économiques.
« Ces actions envoient un signal fort à la société : des milliers de personnes sont prêtes à faire un pas supplémentaire dans la lutte contre l'extrême droite en s'y opposant avec leur corps »Pour nous c'est un combat qui implique de s'opposer clairement à la politique du gouvernement qui aggrave la crise climatique ainsi que les difficultés d'accès au logement et aux soins. Ce sont autant de problèmes qui poussent les gens vers l'AfD. »
Votre organisation se distancie de ce qu'elle appelle « l'esthétique antifa et la démonstration de pouvoir masculinisme ». Comment pensez-vous l'autodéfense sans reproduire ce schéma face à des groupes violents qui n'hésitent pas à attaquer, blesser, voire tuer ?
« Je pense que ce qui nous protège c'est d'abord le fait d'être très nombreux·euses. Dans nos actions, nous nous déplaçons toujours en groupes affinitaires, nous faisons attention les un·es aux autres, nous cultivons une culture du soin et tentons de maintenir vivante une pratique féministe. Cela nous permet de nous donner mutuellement le courage de participer et d'aller toujours un pas plus loin. De plus, en tentant d'empêcher l'AfD de s'organiser et d'arriver au pouvoir, nous essayons de prévenir le déchaînement de la violence d'extrême droite avant qu'elle ne se produise. Pour autant, nous exprimons notre solidarité à toutes les personnes qui luttent avec le même objectif que nous, quels que soient leurs moyens d'action. »
Niel KadereitCet article a été publié sous le titre : « Le fascisme n'a pas besoin de l'adhésion active d'une majorité, il lui suffit que la résistance fasse défaut »
1 Région à l'ouest de l'Allemagne.
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le raton laveur punk
24 janvier — Déa GuiliJe t'apprends rien, frérot, sœurette, les temps sont foutrement durs : l'hiver, les résolutions 2026 déjà bafouées, le retour au taf... De quoi péter un câble. Et pas seulement pour nous autres, foutus bipèdes dépressifs. Anticipant l'arrivée des fêtes et de l'horrible période qui les suit, un adorable raton laveur s'est ainsi offert un intermède éthylique pas piqué des hannetons, s'introduisant nuitamment dans un magasin d'alcool de la ville d'Ashland, en Virginie. Fastoche pour cet Arsène Lupin au « masque noir bordé de blanc » (dixit mamie Wikipédia), qui a brisé la dalle du faux plafond avant de s'offrir une teuf d'enfer en solo. Pour preuve, ces photos publiées par le refuge de protection des animaux du coin, chargé d'accueillir les bestioles en petite forme. On y voit plusieurs étagères dévalisées et les bouteilles brisées jalonnant le sol de belles traînées alcoolisées. Ivre mort, l'héroïque raton laveur s'est ensuite traîné jusqu'aux toilettes où il s'est endormi en mode carpette, comme un prince. Cerise sur le baba au rhum, une responsable du refuge a déclaré : « C'est la troisième fois qu'il s'introduit par effraction. » Comme l'a écrit l'écrivain britannique Samuel Johnson : « Les grandes œuvres jaillissent non de la force, mais de la persévérance. » Bravo donc à l'obstiné punk quadrupède vandale, champion de l'impossible. Et fuck les bonnes résolutions.




