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Appétit plombé
5 septembre — Bésot, Chien méchant -
En Argentine, la terre n’est pas à vendre
5 septembre, par Chloé Roulet — Mona Lobert, Actualités
Cet été, en Argentine, la terre a cristallisé la colère populaire contre l'affreux Javier Milei. Face à la mobilisation, le pouvoir a dû reculer sur l'ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
Le gouvernement de Javier Milei, Président argentin ultra-conservateur, s'est incliné face à l'opposition. Depuis quelques mois, le libertarien tentait de faire passer un projet de loi sur « l'inviolabilité de la propriété privée ». Fidèle à sa politique de la tronçonneuse, le texte visait à faire reculer la responsabilité de l'État concernant l'urbanisation, la protection, l'expulsion et la vente des terres argentines. Mais c'était sans compter sur la vague de mobilisation qui a éclaté dans le pays le 6 août dernier, jour où la proposition passait au Sénat. Malgré la tempête annoncée, une armée de parapluies et de pancartes « La patrie ne se vend pas » s'est emparée de la Plaza Congreso à Buenos Aires pour protester contre ce que les Argentins appellent la loi « extranjerización de las tierras » (« étrangéisation des terres »). Suite aux pressions populaires, Patricia Bullrich, à la tête du camp présidentiel au Sénat, a dû retirer les articles relatifs à la suppression des protections des terres rurales en cas d'incendie ou d'achat par des étrangers.
Déjà en morceauxEn Argentine, presque 13 millions d'hectares appartiennent déjà à des étrangers, soit 5 % du territoire national. L'équivalent de l'Angleterre. Pour freiner ce phénomène, des restrictions avaient été mises en place en 2011 avec la « ley de las tierras » (« loi des terres »). Les investisseurs internationaux ne peuvent pas posséder plus de 15 % des superficies provinciales et départementales du pays. Pourtant, cette limite n'est pas respectée dans certains départements, comme celui de Lácar dans la province de Neuquén, où la concentration des terres étrangères monte à 54 %. Le seuil maximal des 15 %, Javier Milei voulait définitivement le supprimer, avant de rétropédaler pour l'augmenter à 25 %. Selon l'Observatoire des terres en Argentine, la loi en vigueur permet encore aux étrangers d'acheter 26 millions d'hectares, mais 36 départements ont déjà atteint la limite fixée. Le but de la dérogation est d'augmenter la concentration étrangère dans les départements les plus convoités, dont ceux près de la cordillère, riches en lithium, minéraux et ressources hydriques.
Le terrain de l'unité« La terre ne se vend pas, elle ne s'incendie pas, elle ne se dévaste pas, elle ne se déforeste pas et elle ne s'expulse pas. La terre est un bien social ! » clame au microphone, Pedro Perett, ex-dirigeant de la Fédération agraire d'Argentine (FAA). Bien que satisfait de l'abandon des mesures jugées problématiques, l'exploitant agricole n'en démord pas : la mobilisation doit continuer. « Il faut secouer l'oligarchie terrienne argentine. Oligarchie et impérialisme sont les deux termes pour qualifier la situation politique actuelle de notre pays. » Directement concernés, certains peuples autochtones, dont les Mapuches de Patagonie, ont aussi décidé de rejoindre la lutte. Nélida Ancalipe, représentante de la communauté Nahuelpan, s'en est fait la porte-parole : « Nous sommes des gardiens de la terre, comme tous les autres peuples originaires de cet État argentin. C'est justement là où nous vivons que se trouve ce qu'ils cherchent : l'eau, le pétrole, les mines. C'est pour ça que le gouvernement s'attaque à ces terres. »
Dès qu'on touche à la terre, un patriotisme commun se réveille. Surtout après l'acte anti-impérialiste de l'équipe de foot argentine lors du mondial. Après leur victoire contre les Anglais, les joueurs ont déployé à même le terrain une banderole avec l'inscription : « Les îles malouines sont argentines ». Depuis 1833 et son occupation par les britanniques, l'Argentine revendique cet archipel de l'Atlantique Sud, qu'elle a d'ailleurs tenté de récupérer en 1982 avec la guerre des Malouines. Myriam Bregman, avocate des droits humains et députée de gauche, s'y réfère dans son intervention à la marche du 6 août. « Quand les joueurs ont levé le drapeau, nous avons ressenti une fierté immense. Ça nous a tous unis. Ce sont des siècles d'humiliation de la Couronne britannique occupant notre territoire ». Défilant entre les anoraks, Candela, étudiante à Buenos Aires, a également participé à cette grande mobilisation. « Ce n'est pas qu'une simple protestation, c'est une lutte pour nos terres ! Et les luttes se mènent dans la rue. » Pour cette jeune femme péroniste (parti de l'opposition), cette proposition de loi est une mise en vente de l'Argentine : « Il n'y a pas d'acte plus lâche que celui de brader son pays. »
Et ce sentiment de trahison est partagé par une bonne partie de la société argentine. « Un ensemble d'acteurs se sont réunis pour pouvoir résister à ce projet de loi, explique Leandro Vera Belli, avocat du droit de la ville au Centre d'études légales et sociales d'Argentine (CELS). Une construction transversale s'est faite, reliant les secteurs paysans, indigènes, agricoles mais aussi les organisations de locataires, de droits humains et l'Église. »
Gros reversForce est de constater que La Liberta Avanza (parti de Milei) n'a pas eu ses soutiens habituels pour faire passer la proposition de loi initiale. Les « dialoguistes », partis d'opposition modérée ouverts aux dialogues, dont le PRO (Propuesta Republicana) et l'UCR (Unión Cívica Radical), s'y sont opposés sous la pression populaire. Pour avoir la majorité au Sénat, il a fallu plus de 10 heures de débats et un texte amputé de ses chapitres clés – dont la gestion des terres incendiées et la suppression des limites d'achat pour les étrangers. En plus d'avoir capitulé, Milei a dépoussiéré un sentiment de souveraineté derrière le slogan « La Patria No Se Vende », propulsé par de grandes figures argentines aux millions d'abonnés, comme Lali, Dillom, Tina ou encore Nicki Nicole et Emilia Mernes. Ces prises de position ont pu toucher un public jusqu'alors non politisé. « [L'opposition] a dépassé le plan politique pour passer à un programme populaire », affirme l'avocat Leandro Vera Bello. Même si le texte remodelé a bel et bien été adopté par la chambre haute, il rappelle que rien n'est encore joué : « Il reste à voir comment se déroulera son traitement à la Chambre des Députés, et finalement s'il sera approuvé ou non. » D'ici là, les Argentins peuvent puiser dans cette nouvelle force pour freiner la tronçonneuse.
Chloé Roulet -
« Y’a pas de faux MC ici ! »
5 septembre, par Eliott Dognon, Étienne Jallot — Culture, Mano Spreading
Début août, au Théâtre de la Mer à Sète, se tenait la dixième édition du Demi Festival, le rendez-vous des passionné·es de hip-hop en France. Un événement où le rap continue d'incarner une musique de résistance, à l'heure de l'IA et des menaces fascistes...
Un petit avion fend le ciel du port de Sète en tractant une curieuse banderole. On y lit « MACRON DÉMISSION » avec la tête de l'intéressé incrustée dans l'une des lettres. Sur la berge, le mythique groupe Assassin ouvre la dixième édition du Demi Festival – une programmation 100 % rap, organisée par le plus célèbre des rappeur·euses sétois·es : Demi Portion. Dans la foule, vieux tontons du game et jeunes bousillé·es s'égosillent sur le célèbre refrain : « La justice nique sa mère, le dernier juge que j'ai vu avait plus de vices que le dealer de ma rue. » Au passage de l'avion, les majeurs se lèvent spontanément comme pour rappeler qu'ici, le rap est avant tout un espace de résistance.
« C'est l'héritage du hip-hop ce festival »Le lendemain, sous le cagnard, on traverse cette ville de pêcheurs1 devenue depuis quelques années le repère des touristes accros aux tielles, en manque de coup de soleil. S'iels ne dégoulinent pas, têtes allongées dans leur assiette de moules, iels naviguent à la queuleuleu sur le canal qui parcourt la ville à bord de « miniboats », des petites barques individuelles, ou mieux encore, des bateaux-voitures à la carrosserie de bagnoles américaines des années 1960. Admirez le trompe-l'œil ! Plutôt que de s'attarder dans ce décor de fin du monde, on rejoint des jeunes aux visages patibulaires, spliff au bec et canette de 8.6 en main, qui cassent la démarche vers le Théâtre de la Mer – une scène de quelques milliers de places où les artistes jouent dos aux flots bien calmes en ce début du mois d'août.
« Il y a beaucoup d'artistes encore très contestataires, mais il faut chercher, ce n'est pas toujours les plus connus ! Après, les valeurs continuent de se transmettre ! »À l'inverse, les flows acérés et contestataires des artistes, poings et micros levés, se relaient chaque soir pendant cinq jours – des légendes à faire chialer les anciens, comme Rim'k et son fameux titre « Tonton du Bled », les Marseillais Don Choa et le Rat Luciano de la Fonky Family, mais aussi des plus jeunes comme 2L ou Guerta.
Le public, qui va de 10 à 60 ans à la louche, tisse le fil entre les générations d'un art qui perdure en France depuis bientôt 40 ans. « C'est l'héritage du hip-hop ce festival. C'est important que les jeunes viennent pour qu'il soit transmis », affirme Perez dans la foule. Membre d'un bar associatif à Avignon et militant politique, il est aussi membre de la Ligue des MC's révolutionnaires dont les mixtapes ont une texture anarco-communiste revendiquée. À la fameuse question : le rap est-il encore suffisamment politique ? Perez répond : « Il y a beaucoup d'artistes encore très contestataires, mais il faut chercher, ce n'est pas toujours les plus connus ! Après, les valeurs continuent de se transmettre ! » Lors des concerts, il n'est pas rare de voir un drapeau palestinien et des keffiehs brandis vers la scène. Au milieu des eaux, l'un des bateaux de la Freedom Flotilla2 assiste tranquillement au spectacle depuis son embarcation. Entre deux passages, l'asso SOS Méditerranée monte sur scène pour faire un point sur la situation désastreuse en mer pour les exilé·es et récolter de l'argent. Le concert de la rappeuse 2L, au flow politique assumé, sonne comme une bonne grosse manif. Entre chaque son, on entonne des « siamo tutti antifascisti » et des « tout le monde déteste la police ».
Le rap sous menace de mortOn la retrouve le jour suivant lors d'une table ronde organisée par le festival au Centre régional d'art contemporain (CRAC). Elle est accompagnée de deux journalistes rap, Raphael Da Cruz et Olivier Cachin. Il y a aussi Adil, ancien rappeur qui organisait des ateliers d'écriture à Sète dans les années 2000. Il a tout appris à Demi Portion. Pour lui, le rap était un outil social : « On habitait dans la banlieue de l'île de Thau [à Sète – ndlr], tu ne la vois pas sur les cartes postales celle-là. J'apprenais aux jeunes à bien écrire, je voulais qu'ils racontent leur quotidien avec sérieux tout en maîtrisant la langue de Molière. »
« Le rap “ conscient ” existe toujours et revient en force dans notre génération. Et puis, se dégager de l'injonction à écrire en bon français est aussi un geste politique »Les nouvelles générations rappent-elles toujours avec le même objectif en tête ? Pour les « puristes » qui critiquent la forme et le fond d'aujourd'hui, cette relative « dépolitisation » correspond à « la fin de l'affrontement entre le monde capitaliste et l'URSS et celle des idéaux qui l'accompagnent. La génération qui a suivi a valorisé des rêves individualistes qui correspondaient à cette époque », selon Raphaël Da Cruz. 2L, 24 ans, nuance : « Il y a eu aussi une massification et une diversification croissante des styles, mais le rap “conscient” existe toujours et revient en force dans notre génération. Et puis, se dégager de l'injonction à écrire en bon français est aussi un geste politique. »
La discussion glisse ensuite sur le rap comme produit de consommation. Le constat est partagé par tous·tes : entre la multiplication des sorties et les plateformes de streaming, on n'écoute plus vraiment d'album. Voilà le rap piégé dans l'accumulation capitaliste.
« Ce qui m'inquiète, c'est surtout la surveillance de masse. Il ne faut pas délimiter cette lutte au rap, mais la mener plus largement »Un invité surprise s'installe : Ihmotep, DJ et beatmaker d'IAM, une légende phocéenne. Accoudé à la table, il régale l'auditoire en bon marseillais : « Ce n'est pas seulement une accumulation, mais aussi une destruction par le matraquage de nouveautés ! On ne laisse pas le temps aux projets de vivre. Avec l'IA, on est en train de tuer notre culture et notre capacité à la faire exister par nous-mêmes ! C'est peut-être un vieux rêve d'anar, mais moi, je supprimerais le streaming ! Black-out d'Internet. » Merci l'ancien. Pour 2L, la lutte contre cette technologie doit être plus générale : « On se plaint de l'IA dans la musique, mais moi, ce qui m'inquiète, c'est surtout la surveillance de masse. Il ne faut pas délimiter cette lutte au rap, mais la mener plus largement. » Déter, la jeune génération.
Défoncer les portes closesEn attendant que la révolution sauve le monde et le rap avec, on retourne au festival. L'occasion de discuter avec son fondateur, Rachid Daif aka Demi Portion. « Quand on a loué le théâtre la première année, la mairie était flippée. Ils nous ont envoyé deux camions de l'armée ! Ils auraient préféré qu'on continue à rapper dans nos MJC, nous raconte-t-il dans un canapé près de la scène avec vue plongeante sur le port. Depuis trois ans, on reçoit des subventions à hauteur de 50 000 euros partagées entre la Ville et la région Occitanie. Ça nous permet de faire un soir gratuit sur le port. Mais on reste le festival le moins subventionné de Sète. » Qu'en sera-t-il si l'extrême droite s'immisce jusqu'au pouvoir ? Depuis les dernières élections municipales, le Rassemblement national (RN) contrôle désormais 57 mairies de plus 3 500 habitants dans l'Hexagone. Et dans bon nombre de ces communes, le parti lepéniste retire ses subventions à des associations, des festivals et va même jusqu'à faire annuler des pièces de théâtre ou des expositions qui ne conviennent pas à sa vision identitaire et fantasmée de la culture. Pas de quoi effrayer Demi Portion : « L'an dernier, le candidat RN est venu faire des photos de graffs et de canettes qui traînaient sur le parking du festival. Il a dit qu'il l'interdirait s'il était au pouvoir. Ils ne nous font pas peur ! Au pire, on fera le festival ailleurs ! »
Quand le festival clôt ses portes autour de deux heures du matin, des centaines d'amateur·es se retrouvent sur le parking pour « freestyler » jusqu'au lever du jour. Des groupes se forment, des enceintes, des baffles, des micros se branchent et des mini-concerts s'improvisent. Chacun·e vient déposer son meilleur texte. Et si tout le monde entonne avec conviction « Y'a pas de faux MC ici ! », difficile parfois pour les femmes de se faufiler dans les cercles. « Laissez passer les go ! Laissez passer les go ! », entonne un crew de meufs venues découper lyricalement le genre masculin sous l'œil de plusieurs artistes du festival. Plus loin, un petit groupe prépare des sandwichs « prix libre » et distribuera son butin à SOS Méditerranée. On recroise Ihmotep : « En 1986, on était douze à rapper à la Plaine, à Marseille ! Et là, il y a 300 personnes qui font des freestyles ! Le rap a gagné ! » Ballottés entre les institutions bourgeoises, l'extrême droite et une industrie huilée à l'économie de marché et aux nouvelles technologies, ces moments ont le goût d'une petite victoire. Quand les premières lueurs du jour claquent leurs rayons sur la mer, on se prend à rêver que le rap et ses punchlines résonnent à travers tous les océans… Et en attendant, « Comme d'hab' ! On continue comme d'hab ! »3
Eliott Dognon et Étienne Jallot
1 . Lire : « Pêche en méditerranée : quand le business donne le thon », CQFD n°236 (décembre 2024).
2 . Lire : « Dans les coulisses de la flottille pour Gaza », CQFD n°251 (avril 2026).
3 . « 2 chez moi », Demi Portion, 2017.
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Au sommaire du n°255 (en kiosque)
5 septembre — Mona Lobert, Sommaire
Le 30 juillet dernier, 60 000 à 80 000 personnes sont afflué à Ceuta depuis le Maroc, provoquant la terreur des fachos. Dans le dossier du mois, CQFD explore la migration et le durcissement des frontières aux portes de l'Europe. Si les migrants continuent d'être instrumentalisés politiquement, deux réactions s'opposent : la violence de l'extrême droite ou la solidarité. CQFD s'intéresse aussi à la précarité et la répression politique qui poussent la jeunesse marocaine à l'exil, ainsi qu'au déclin de la libre circulation au sein de l'espace Schengen, où les contrôles aux frontières sont devenus la norme.
Hors dossier, CQFD vous emmène découper de la rime au Demi Festival à Sète ainsi qu'en Argentine où la mobilisation a permis d'empêcher l'ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...
En couverture : « Ceuta : la frontière des cynismes » par Mona Lobert
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Ceuta : la frontière des cynismes
– Ceuta : une riposte populaire antiraciste - Des abris en feu et des silhouettes tentant de fuir paniquées : à Ceuta, des « manifestant·es » anti-migrant·es ont incendié des campements de fortune le 27 août dernier. Cette agression rappelle l'instrumentalisation de la frontière opérée par l'extrême droite quelques semaines plus tôt à laquelle des habitant·es ont riposté.
– Petite enclave, grandes manœuvres - À Ceuta, l'espoir de milliers de Marocains s'est fracassé contre la frontière européenne. Mais les images de leur détresse, elles, ont trouvé preneurs : dans les discours de l'extrême droite, mais aussi dans les rapports de force entre États. Car aux frontières d'une Europe devenue forteresse, les mouvements migratoires sont aussi une arme diplomatique.
– Au Maroc, allez directement en prison sans passer par la case départ - Derrière la vitrine du Royaume avec ses infrastructures flambant neuves et ces événements sportifs internationaux, la majorité de la population vit dans la précarité. Malgré le soulèvement sans précédent de la « Gen Z », la main de fer du Makhzen se resserre, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, pour anéantir toute forme de critique.
– Mais où est passé Schengen ? - Trente-six ans après la promesse d'une Europe sans frontières, les contrôles intérieurs se sont durablement réinstallés. Au nom de la sécurité, puis de la lutte contre l'immigration, l'exception est devenue la règle.
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Actualités d'ici & d'ailleurs
– Aujourd'hui, la maison n'a pas brûlé - Fin juillet, la France crame. En Gironde, mais aussi dans le Var. Le 21 juillet un feu se déclare près du petit village de Cotignac. Des centaines d'habitants sont évacués en urgence. Dont un couple de nonagénaires prit dans les flammes, sous les yeux d'un petit-fils inquiet.
– Croix de guerre idéologique - Du sommet de l'Aneto à ceux des Alpes, les croix chrétiennes sont devenues les étendards d'une lutte où l'extrême droite instrumentalise religion, patrimoine et identité nationale. Face à cette offensive symbolique, la présence de ces marqueurs religieux est de plus en plus contestée dans des espaces qui devraient rester communs et naturels.
– Flèche, le concierge saboteur des temps modernes - Avec sa BD Flèche, l'auteur jurassien Simon Beuret donne vie à une fable attachante et drôle qui raconte l'histoire d'un concierge excentrique autant adepte de la bricole et de la récup', que du sabotage des projets immobiliers menaçant la friche où il vit.
– « En cuisine, on souffre en silence de nos addictions » - Depuis mars 2026, Radio Galère diffuse tous les deuxième et quatrième lundis du mois Brigade Pirate, une nouvelle émission sur les réalités des métiers de la restauration. Une immersion riche en témoignages et anecdotes, entre amour de la cuisine et violences au travail.
– « Y'a pas de faux MC ici ! » - Début août, au Théâtre de la Mer à Sète, se tenait la dixième édition du Demi Festival, le rendez-vous des passionné·es de hip-hop en France. Un événement où le rap continue d'incarner une musique de résistance, à l'heure de l'IA et des menaces fascistes...
– En Argentine, la terre n'est pas à vendre - Cet été, en Argentine, la terre a cristallisé la colère populaire contre l'affreux Javier Milei. Face à la mobilisation, le pouvoir a dû reculer sur l'ouverture des terres rurales aux capitaux étrangers.
– Et au milieu coule la rivière - Organisé chaque été dans la vallée de la Roya, le festival les Passeur·ses d'Humanité veut faire passerelle entre les communautés. Six ans après la tempête Alex, qui avait soulevé un puissant élan de solidarité, la vallée reste un territoire de luttes : pour l'eau, le rail, l'accueil des personnes migrantes.
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Côté chroniques
– Lu dans... | Israël surveille secrètement ses professeurs. - Le média +972 révèle comment le ministère de l'Éducation israélien a mis sous surveillance plusieurs professeurs pour avoir critiqué l'État hébreu. Parmi eux, beaucoup sont arabes. Extraits.
– La Sellette | « Ils se croient tout permis ! » - En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.
– Vous avez eu chaud ? - Luno intervient bénévolement en prison. Il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, plongée dans la fournaise.
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Côté culture
– Démoraliser l'armée - « Réfractaires : contre le service militaire, contre la guerre » donne la parole à ceux qui ont refusé de marcher au pas. Un podcast salutaire à l'heure où les vieux clairons recommencent à sonner – et avec, en prime, un casting d'enfer.
– Être ou ne pas être social-traître - Un monde envoûté par le technofascisme où les pouvoirs économique, politique et médiatique s'entrecroisent dans un jeu de billard où tous les coups sont au moins à deux ou trois bandes ? Nous ne sommes pas dans la réalité, mais dans le dernier jeu vidéo du studio estonien ZA/UM qui, en dépit de son rachat controversé, n'a pas perdu sa pertinence.
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Et aussi...
- L'édito – Bleu blanc rouge sang
– Ça brûle ! – Une belle petite niche
– L'animal du mois – Le baliste, ou « poisson mordeur »
– Abonnement - (par ici)
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Digital winter is coming
26 août, par Émilien Bernard — BouquinDans Le Refroidissement technologique, le Grenoblois Vincent Peyret ausculte au thermomètre un monde qui perd des degrés à mesure que les écrans et autres innovations prennent le pas sur les vraies relations. Nous plongeons en pleine ère glaciaire, estime-t-il. Difficile de lui donner tort.
J'écris cette recension en pleine explosion Celsius. Je suis torse-poil, ventilo dans la gueule, et pourtant je suis en nage. Caliente. Le site du Monde vient de m'apprendre qu'on a battu le record de chaleur en France depuis qu'on prend les mesures. Et l'autre andouille, là, le très estimable Vincent Peyret1, il me parle de Refroidissement technologique (Le Monde à l'envers, 2026) ? Peuh.
Il faut pourtant admettre qu'à mesure que les pages tournent, son constat se fait évidence. Des ados utilisent l'intelligence artificielle comme psy, tandis que l'addiction à la dopamine numérique éteint nos rapports au monde et aux autres. La chaleur humaine ? C'est dépassé. Le constat n'est pas vraiment neuf, mais il faut bien admettre que cette vertigineuse chute dans l'addiction technologique est globalement un impensé du monde contemporain. Quel politique pour s'emparer de la question ? Quelles résistances autres que marginales à l'ère glaciaire qui vient ?
Vincent n'est pas donneur de leçons. Certes, il n'a pas de smartphone, mais il se sent lui aussi happé par cette déshumanisation exponentielle, ne serait-ce que par son ordi qui le gave d'une boulimie informationnelle. « Combien de soirées [le refroidissement technologique] m'a-il-volé ? » s'interroge-t-il. Et de décrire cette sensation qu'on connaît tous, à des échelles certes différentes : « Une, deux ou trois heures de pérégrinations numériques dont je n'avais pas envie et qu'après je regrette. » C'est ainsi que le froid s'impose, même quand on fait tout pour le repousser avec des chaussettes anti-tech.
Aux manettes, vampires ultimes, « des dizaines de milliers de cerveaux ayant fait les plus hautes études, œuvrant à toujours renforcer les mécanismes d'addiction ». Des dealers de cette drogue dure qui propage la banquise (tout en la faisant fondre par sa gigantesque participation au réchauffement climatique). 25 ans après l'irruption d'internet, on grelotte comme des fennecs exportés en Antarctique. Glagla.
Alors quoi ? Quel remède ? Quelle bouillotte existentielle ? Le livre ne fournit pas vraiment de recette, il incite juste à contempler l'étendue du désastre pour commencer à le combattre.
Oui, c'est la merde.
Ok Google, c'est comment qu'on freine ?
Émilien Bernard
1 . L'amigo Vincent est très impliqué dans un journal local publié et diffusé à Grenoble et dans ses environs, Le Postillon, qui bataille joliment contre l'aplatissement politique et technologique de l'époque. Pas besoin d'être à Grenoble pour apprécier. Abonnez-vous, soutenez, enfin juste après avoir filé des thunes à CQFD, faut pas déconner.





