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« De quoi le ruisseau est-il la mémoire ? »
28 février, par Étienne Jallot — Bouquin
Remonter un fleuve à demi bétonné qui traverse le nord de Marseille, c'est la balade que donne à voir le photographe Félix Colardelle dans son le livre photo La Caravelle. On suit un ruisseau malmené par les activités industrielles et l'urbanisme déjanté, hier comme aujourd'hui.
« De quoi le ruisseau est-il la mémoire ? A-t-il résisté à n'être plus qu'un élément d'une technostructure industrielle ? » C'est la question que pose le photographe marseillais Félix Colardelle dans le livre photo La Caravelle (Éditions Charbon1, 2025), légendé par le philosophe Antoine Devillet. C'est l'histoire d'un fleuve marseillais, la Caravelle, aussi appelé « ruisseau des Aygalades ». Long de 17 kilomètres, en grande partie bétonné et pollué par les industries depuis le XIXe siècle, il ruisselle dans des galeries sous la ville et surgit par endroits.
Le photographe le remonte, depuis son embouchure dans le quartier portuaire d'Arenc au nord-ouest de la ville. Il suit ensuite les eaux qui sillonnent les sous-sols du quartier Euroméditérannée (1), quartier emblématique de la folie des adeptes de la « fast-construction ». Plus loin, en amont du métro Gèze, le fleuve recueille les déchets dans l'indifférence des riverain·es (2). À Bougainville, Félix Colardelle croise les plus précaires, qui vivent parfois sous des ponts et respirent au quotidien la poussière des chantiers. (4). Son cours se poursuit au nord et longe l'ancienne raffinerie de sucre Saint-Louis, qui employait à la pelle dans les années 50 et est abandonnée aujourd'hui. Le photographe y croise les montagnes de boue rouge, résidus de bauxite, laissés lâchement ici par les anciennes usines d'alumine qui le broyaient près du fleuve. Là, le sol est intoxiqué : interdit de construire. Plus loin, à la Cité des arts de la rue, l'eau jaillit en une belle cascade, soignée par le collectif des Gammares, qui organise aussi des visites pour les écoles (3). Plus au nord encore, le photographe traverse Septème-les-Vallons. Dans cette ancienne ville ouvrière, les habitant·es ont vu le fleuve se faire enterrer et la végétation dense et historique subir les ravages de l'industrie. Les usines de soudes au XIXe siècle polluaient la terre et les eaux ; aujourd'hui, SPI pharma, une entreprise de pansements, continue le boulot. Aux endroits où le ruisseau se montre, on ne sait plus si l'eau est bleue, mauve, grise ou verte. Au-dessus de Septème, le photographe longe le bassin versant, là où les eaux convergent vers le fleuve. L'affreuse usine Lafarge capte les eaux pures avant qu'elles ne rejoignent le ruisseau des Aygalades. Plus en amont encore, l'usine déverse ses poussières de calcaire dans trois lacs aux eaux turquoises. Conséquence : interdit de s'y baigner. Devant ce paysage urbain abîmé, le photographe se demande : « Quelles organisations collectives arrive-t-on à maintenir autour de nos merdes ? » Et on peine parfois à trouver la réponse. En dernière page, l'auteur a choisi une photo d'archive. On y voit un moustachu flâner sur un tronc au-dessus du ruisseau. C'était il y a deux cents ans (5). Naïf, on espérerait presque que demain ressemble à hier…
Étienne Jallot
1 Nouvelle maison d'édition Marseillaise indépendante. Vous pouvez trouver des exemplaires de La Caravelle au librairies l'Hydre aux milles têtes, Histoire de l'oeil et Zoem.
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« Dans ton cul l’espoir »
28 février, par Thelma Susbielle — BouquinÀ neuf ans, tu n'es pas grand-chose. En revanche, si t'es noir, tu peux être un criminel. C'est l'histoire que raconte Laurène Marx dans Portrait de Rita (Blast, 2025). Un texte court, écrit pour être entendu, qui raconte l'histoire d'une femme venue du Cameroun et qui se heurte au racisme, au patriarcat et à la violence de l'État.
« Mathis a fait des bêtises. » Vite, après un appel de l'école, Rita se presse. Derrière ce drôle d'euphémisme, cette mère se heurte à la violence raciste. À Charleroi, un enfant noir de neuf ans est écrasé au sol par la police. Plaquage ventral. Le même geste que celui qui a tué George Floyd. Un enfant étranglé, parce qu'il a jeté un objet sur un camarade qui l'insultait. Parce qu'on l'appelait « chocolat ». Parce qu'il est noir. Dans Portrait de Rita (Blast 2025), l'autrice, comédienne et metteuse en scène Laurène Marx choisit de se faire chambre d'écho. Elle donne alors à entendre l'histoire de Rita, la mère de Mathis, en commençant par son arrivée en Europe depuis Yaoundé, où elle avait pourtant une affaire florissante.
Rita rencontre un homme sur un site de rencontres. Un Belge blanc. Hors de question pour elle de quitter le Cameroun. Mais après la mort de son père, la pression de Christian s'accentue. Il la harcèle à propos de son visa et appelle même l'ambassade pour savoir où en est le dossier. La jeune femme finit par céder. En Belgique, Rita se retrouve enfermée dans une vie de campagne, assignée au soin d'une belle-mère raciste, sommée de satisfaire sexuellement son compagnon plusieurs fois par jour. « C'est aux femmes de payer pour apaiser toute la frustration accumulée des hommes. » Le jour où elle se refuse à lui, il la frappe. La grossesse devient un piège. Rita comprend que son corps ne lui appartient plus, que son enfant « appartient désormais plus à l'État belge qu'à son ventre ». Elle est coincée chez les Blancs. Après avoir quitté le conjoint violent, Rita se retrouve en foyer. Et surtout, seule. Dans un pays qui ne l'a jamais accueillie.
Le récit revient alors à la scène fondatrice. Rita arrive à l'école et voit son fils à terre, un genou de flic sur son dos. Elle tente de comprendre. Que s'est-il passé pour que la police s'acharne ainsi ? La directrice parle d'un « parpaing ». Ce n'était qu'un caillou. Les insultes racistes, elles, ne semblent pas mériter d'enquête. À neuf ans, Mathis n'est déjà plus un enfant : il est noir. « On ne le traite pas comme un criminel, il EST un criminel », lui lance l'un des charmants keufs.
Laurène Marx écrit à la troisième personne, à partir du récit de Rita. La langue est oralisée, rythmée, faite pour être dite et performée au sens théâtral, puisque le texte est écrit pour être incarné sur scène. Et pourtant, le livre se lit d'une traite. L'autrice partage son point de vue : elle commente, interpelle, ironise parfois, injectant une rage lucide et salutaire. Ici, pas de neutralité journalistique : Portrait de Rita est un texte à charge, contre les Blancs colonisateurs, contre les hommes, contre les institutions violentes. Court, efficace et teinté de poésie, ce récit met en lumière ce que certains voudraient maintenir dans l'ombre. « Ils m'ont tout fait, mais je suis encore là », dit Rita. « Cette Rita-là n'est pas tuable. » Laurène Marx conclut son récit avec un appel : « Il faut que le jour se lève. » Une urgence qui s'impose d'autant plus en refermant le livre.
Thelma Susbielle -
Mise à l’amende
28 février, par La Sellette — Chronique judiciaireEn comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.
Toulouse, chambre des comparutions immédiates, décembre 2025Hosni B., né dans la ville tunisienne de Monastir, comparait pour avoir vendu à la sauvette des paquets de cigarettes qu'il était allé acheter en Andorre. Le président résume : « Quand on vous interpelle, vous avez trois paquets sur vous et 80 €. Un acheteur a été interrogé : il a dit que vous lui aviez vendu un paquet à 7 € et que c'était la première fois qu'il vous voyait là. »
Sur son casier judiciaire, il y a quinze mentions, pour des infractions routières, une contrefaçon de chèque, de la fabrication de fausse monnaie et du blanchiment.
Le président : « Vous êtes toujours dans des combines ! - C'était avant. Depuis la naissance de mes enfants, j'ai arrêté tout ça ! »
Hosni B. veut expliquer sa situation : « Je suis d'Avignon… »
Hilare, le président l'interrompt : « Vous êtes surtout de Tunisie avant d'être d'Avignon ! »
Le prévenu rit poliment avant de continuer : comme il n'avait pas assez d'argent pour pouvoir se payer le train et l'essence, il a suivi son ex-compagne sur Toulouse pour pouvoir continuer à avoir la garde de ses deux enfants un week-end sur deux et pendant les vacances. Il a réussi à trouver un CDD dans la sécurité incendie. « Mais depuis octobre, plus rien du tout. J'ai déposé des CV partout. Même pour manger, c'est difficile. »
L'assesseur de gauche pose sa question préférée :
« Quelle est votre situation au regard du droit au séjour des étrangers ?
– “Étranger” ? ! Mais je suis français !
– Comment ça, vous êtes français ? »
Le prévenu se lance dans une explication que le juge trouve trop longue :
« On ne va pas raconter l'histoire familiale. Comment avez-vous obtenu la nationalité ?
– Ma maman est française.
– Ah bon, d'accord. Je n'avais pas compris. »
La procureure demande six mois de prison avec mandat de dépôt : « Monsieur a participé au petit trafic de rue, qui pullule et dans lequel sont vendus soit des stupéfiants, soit des cigarettes. Les cigarettes ont l'avantage d'être moins dangereuses pour les justiciables, qui savent qu'ils risquent moins… »
L'avocate de la défense refuse vigoureusement de mettre la vente d'un produit légal sur le même plan que la vente de stupéfiants : « Est-ce que ces quelques paquets de cigarettes valent la peine de l'envoyer dans la prison de Seysses, qui a un taux d'occupation de 200 % ? Il a été dans la délinquance jusqu'en 2020, il a été sanctionné pour ça, il a fait de la prison. Là on parle de trois paquets de cigarettes. »
Le tribunal le condamne à 60 jours-amendes à 10 €. À ces 600 € s'ajoutent automatiquement 264 € de frais de procédure que doit payer toute personne condamnée par un tribunal correctionnel.
Le président marmonne quelque chose sur l'indulgence exceptionnelle de la peine avant de conclure : « Si vous ne les payez pas, vous irez en prison. »
La SelletteRetrouvez d'autres chroniques sur le site : lasellette.org -
Lettre à Philippe, fervent admirateur de Brigitte Bardot
28 févrierSaint-Trop', vous vous en doutez, c'est pas exactement notre spot de prédilection, à la rédac'. Mais le jour des obsèques de Brigitte, on n'a pas pu résister : fallait qu'on passe une tête. Et, oh surprise ! Sous les escarpins, les mièvreries et les photos d'animaux mignons : toujours les mêmes fachos.
Un vent glacial entrechoque les cordages des yachts du « petit port de pêcheurs », comme Brigitte Bardot aimait à appeler Saint-Tropez. L'actrice est décédée des suites de son cancer le 28 décembre, et ce matin-là, on célèbre ses obsèques. Trois heures avant la cérémonie une messe catholique retransmise sur trois écrans géants dans l'espace public, de quoi faire frémir tous les défenseurs de la laïcité, une armada de journalistes est déjà en place, caméra au poing, à traquer les quelques fans déjà présents. Ils seront plus d'un millier dans la matinée.
C'est ici que je te rencontre Philippe*, accoudé aux barrières pour « avoir la meilleure place ». Tu as 75 ans et tu es arrivé la veille, pour être sûr de pouvoir saluer ton idole. Devant l'écran où Brigitte apparaît en noir et blanc, un bébé phoque dans les bras, tu salues l'actrice mondialement connue et la défenseuse des animaux que toi aussi tu dis aimer la preuve, tu as adopté un chien… Mais tu n'es pas venu pour ça. Tu es surtout venu, comme de nombreux autres « fans » que j'interrogerai ce matin-là, pour faire tes adieux à « une citoyenne française qui défendait son pays. Une femme libre, qui disait ce qu'elle pense ». Selon toi, BB « représentait LA femme. Les gens qui critiquent sur les réseaux, c'est des jaloux qui ont des femmes moches ». Merci Philippe. Et devant ma mine déconfite, tu ajoutes : « Bon, elle avait des idées de droite oui, d'extrême droite, on ne sait pas… »
Mon cher Philippe, tu hésites. Pourtant, Brigitte n'a-t-elle pas été condamnée, et ce à cinq reprises, pour injure et incitation à la haine ? Pour ta star, les Réunionnais seraient une population « dégénérée », les homosexuels « des lopettes de bas étage », les musulmans « une surpopulation étrangère à laquelle nous faisons allégeance ». Mais BB n'a pas non plus hésité à défendre des acteurs accusés d'agression sexuelle ni à se positionner contre le féminisme. Est-ce là pour toi, Philippe, la juste place que devrait occuper LA femme ? Philippe, je ne te comprends pas. Je ne te comprends pas, mais d'autres le font et exploitent ta vision délétère de la vie. De nombreuses personnalités d'extrême droite eh oui Philippe se montrent à toi à la cérémonie : Marine Le Pen, présente « à titre amical », le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, l'écofasciste eugéniste et défenseur des baleines Paul Watson, ou encore la ministre chargée de l'égalité femmes hommes, transphobe et antiféministe Aurore Bergé. Même Emmanuel Macron a voulu proposer un hommage national, avant de se faire éconduire par la famille Bardot, pas fan du président. Ouf.
Cher Philippe, si je n'ai pas su quoi te dire ce matin-là, au milieu des fourrures, des lunettes de soleil et des petits chiens, je souhaite t'écrire que la France que ces personnalités t'encouragent à « défendre » comme un paradis perdu n'est qu'un agglomérat réactionnaire, raciste, sexiste et homophobe. 2026 : arrête un peu de traîner aux obsèques de fachos. Tu verras, ça fait vraiment du bien.
S. Leturbo*Philippe est un mélange de plusieurs personnes rencontrées ce matin-là
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Serbie : la culture dans le viseur
28 février, par Melina Mattia — Maïda Chavak, Culture
Au sein des milieux culturels serbes mis à mal par des années de dérive autoritaire sous le gouvernement d'Aleksandar Vučić, les voix dissidentes se mêlent aux sifflets du mouvement contestataire.
« En Serbie, les libertés de pensée, d'expression et de liberté de création n'ont plus cours » : le 20 juillet 2025, dans Le Monde, une tribune collective alarme sur une répression qui s'intensifie depuis un an. Le 1er novembre 2024, à Novi Sad, l'auvent tout juste rénové de la gare s'effondrait, laissant un lourd bilan de seize morts. Ce drame, sur lequel planent des soupçons de corruption, a été l'étincelle d'une contestation qui a rapidement embrasé toute la Serbie. Face à ce mouvement inédit, le gouvernement a durci le ton : plus de 89 agressions de journalistes selon Reporters sans frontières, limogeages de professeurs, entraves au travail de la justice et usage probable d'un canon à son sur des manifestants… Ce tour de vis n'épargne pas le secteur culturel.
Foire du livre de Belgrade : une 68e édition controverséeSous l'immense dôme en béton du Hall 1 de Beogradski Sajam, la Foire de Belgrade, plus de 400 exposants se sont réunis. D'un stand à l'autre, on trouve des albums jeunesse, des vinyles des années 1970 et des icônes de saints. Les couloirs, où flotte une odeur d'encens, sont placardés d'affiches promouvant la trilogie de l'ultranationaliste et ancien vice-premier ministre Vojislav Šešelj : Il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica.
« On ne peut espérer un dialogue constructif de la part des autorités actuelles. »Dans ce curieux mélange des genres, l'absence de certains éditeurs a été remarquée. « Nous avons demandé aux organisateurs de décaler la tenue du salon, dont les dates coïncidaient avec l'anniversaire du drame de Novi Sad », raconte Ivana Bojić Grujić, responsable des droits étrangers chez Kreativni Centar. La demande est restée lettre morte et certains ont donc choisi de ne pas participer. « On ne peut espérer un dialogue constructif de la part des autorités actuelles », déplore Jasna Novakov Sibinović, éditrice chez Geopoetika, une des maisons absentes. Ce n'est pas le premier point de crispation : « En 2025, le ministère de la Culture a décidé que les achats pour les bibliothèques ne concerneraient que les livres en alphabet cyrillique. Beaucoup d'éditeurs ont fait le choix de les boycotter », poursuit Ivana Bojić Grujić. Alors que les alphabets latin et cyrillique coexistent en Serbie, le gouvernement cherche à privilégier le second sous prétexte de la défense d'une écriture nationale.
La culture en ligne de mireDepuis son arrivée au pouvoir en 2012, le Parti progressiste serbe (SNS) promeut une culture conservatrice. Ces derniers mois, il a accentué la pression via deux leviers : « D'un côté, il y a des coupes budgétaires qui visent en premier lieu la culture, considérée comme peu rentable. De l'autre, un gouvernement populiste qui, alors qu'il se désintéressait de la création contemporaine, s'y attaque désormais directement. » explique Lav Mrenović, critique d'art. Le Festival de Théâtre International de Belgrade (BITEF) en a fait les frais : le metteur en scène suisse Milo Rau a été déprogrammé de la 59e édition après avoir critiqué un accord entre Vučić et l'Union européenne sur l'extraction de lithium.
La suppression de subventions devient un instrument de mise au pas des voix dissidentesIl a été soutenu par le directeur artistique du festival, dont les fonctions n'ont pas été reconduites. EXIT, festival de musique primé, a aussi payé son soutien au mouvement en se voyant privé de 1,5 million d'euros de subventions. « Ce gouvernement est parvenu à saper les plus importants festivals culturels, dont la réputation s'est construite au fil des ans grâce à des professionnels respectés », commente l'éditrice Jasna Novakov Sibinović.
Avec seulement 0,67 % du budget de l'État alloué à la culture en 2025, la suppression de subventions devient un instrument de mise au pas des voix dissidentes. « Vučić était ministre de l'information sous Milošević. C'est un produit de l'ancien régime : la répression des médias et la censure, il connaît », rappelle Anne Madelain, historienne.
Sous le signe de la convergence des luttesFace à ces pressions, les initiatives fleurissent. Après un vote à main levée, les élèves du lycée XIV de Belgrade proposent aux éditeurs réfractaires les locaux de leur établissement. « Nous voulions aussi organiser une collecte pour une association, c'était l'occasion », précise Tanja, une lycéenne. Le temps d'un week-end, plus de 1 500 visiteurs ont déambulé dans les classes. « Ce fut une expérience formidable pour nous et, surtout, un puissant rappel que ce n'est pas un hasard si, au cours de l'année écoulée, les jeunes ont été les moteurs du changement en Serbie ! » salue Jasna Novakov Sibinović. La semaine suivante, les étudiants de la faculté de philologie de l'université de Belgrade organisaient à leur tour une foire du livre à prix libre.
Si cette solidarité est le fruit du mouvement actuel, elle s'inscrit également, selon Anne Madelain, dans un héritage : « Les centres culturels étudiants durant la période communiste avaient souvent des activités de création, c'est lié à une tradition d'autogestion ! » Une voie à explorer ? « En ce moment c'est très foisonnant. Mais ici, ce qui manque, c'est surtout un espace de débat pour construire des lois et des régulations. »
Au sortir de cette année de luttes, les regards sont désormais tournés vers les prochaines élections parlementaires de 2027. Malgré le refus des autorités d'anticiper le scrutin, les étudiants sont déjà à pied d'œuvre pour la campagne. « D'ici là, les acteurs culturels, précarisés, devront compter sur l'entraide. » conclue Lav Mrenović.
Melina Mattia






