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Éclipse totale du bazar marseillais ?
7 mars, par Bruno Le Dantec, Louise Gras — Céleste Maurel, Actualités
Au nom de la lutte contre la malfaçon et le blanchiment d'argent sale, un arrêté préfectoral vient de décréter la fermeture administrative pour six mois renouvelables de l'emblématique Marché du Soleil, à Marseille. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d'avoir la rage.
« Saisie record au Marché du Soleil, annonce le site d'enquête locale Marsactu le 9 février 2026. Au total, 206 054 articles contrefaits […] récupérés par les services de l'État et de la justice dans ce lieu mythique du centre-ville. » 206 054 articles, qui dit mieux ? Pour arriver à pareil chiffre, il aura fallu compter les lacets de baskets un par un, sans oublier les étiquettes qui, de l'aveu du procureur, constituent 67 % des pièces saisies. Et la contre-valeur générée par ce « haut lieu de la contrefaçon » serait estimée à 42 millions d'euros.
Ce qui n'est pas quantifié, c'est la difficulté dans laquelle cela plonge le collectif des commerçants. Début février, une quarantaine d'entre eux se sont rassemblés devant l'hôtel de Ville pour protester contre une décision qui met un coup d'arrêt brutal à leur activité. « Ils m'interdisent l'accès à mon atelier, j'ai des clientes qui m'appellent tous les jours, il y en a une qui doit récupérer sa robe pour son mariage, je lui dis quoi, moi ? ! » se désespère une couturière installée dans le marché depuis plus d'une décennie.
Côté préfecture, on sous-entend sans preuve que de l'argent provenant du trafic de drogue pourrait être blanchi par certaines des 168 boutiques nichées dans le labyrinthe coloré des célèbres halles du 2e arrondissement de Marseille. C'est d'ailleurs sur la base d'un tel soupçon que la fermeture temporaire a pu être prononcée. Promulguée en juin 2025, la loi narcotrafic qui sert là de cadre juridique vise « à sortir la France du piège du narcotrafic » et permet, entre autres, « la possibilité d'ordonner une fermeture administrative non seulement pour prévenir, mais aussi pour faire cesser des infractions de trafic de stupéfiants, de blanchiment et d'association de malfaiteurs ». Même si, pour l'instant, les éléments dont on dispose pour étayer cette grave accusation sont maigres, pour ne pas dire inexistants.
Qu'importe les coups d'épée dans l'eau, tant que le discours sécuritaire autour de ces opérations baptisées « Jumbo » permet à l'État de communiquerÀ quelques pas du rideau métallique baissé, Hakim, gérant d'un magasin de prêt-à-porter, constate les dégâts. « Ils ont puni tout le quartier : pour quelques contrevenants, ils mettent sur la paille tous les vendeurs du marché, plus les commerces voisins qui souffrent eux aussi de la baisse de fréquentation. » Le Soleil, comme on l'appelle ici, fait vivre une myriade de boutiques gravitant autour de lui. « Je vais laisser passer le ramadan, parce que ce mois-ci les gens dépensent surtout dans l'alimentaire, se projette l'homme d'un air désabusé. Je verrai fin mars si ça vaut encore le coup d'ouvrir. »
Vous avez dit blanchiment ?C'est sous le même prétexte qu'en novembre dernier une opération policière en rafales a été menée dans le quartier Belsunce, visant des boutiques et des snacks, et qui a abouti à un sacré palmarès : deux ou trois frigos pas assez réfrigérés selon les services d'hygiène1 et une poignée de travailleurs non déclarés surpris par l'Urssaf. On entend d'ici les caïds du trafic de stupéfiants, planqués à Dubaï, claquer des dents face à la menace qui pèse depuis sur leurs activités criminelles. Mais qu'importe les coups d'épée dans l'eau, tant que le discours sécuritaire autour de ces opérations baptisées « Jumbo » permet à l'État de communiquer. Dans les ministères et les médias, on est preneur : « Cette économie souterraine est polycriminelle, selon Michael Lachaud, directeur régional des douanes. Et elle combine avec un esclavage moderne », confie-t-il à Marsactu, feignant d'ignorer que c'est surtout la prohibition migratoire qui fournit le marché du travail en main-d'œuvre corvéable.
Pour faire bonne mesure, Louis Vuitton (groupe LVMH) a porté plainte contre le propriétaire du Soleil. Bernard Arnault, roi de l'optimisation fiscale et de la fabrication de babioles de luxe par des petites mains asiatiques sous-payées, se plaint du manque à gagner. Pourtant, le secteur informel de la production capitaliste ne fait que répondre à sa façon, plus ou moins industrielle, aux pulsions de « l'achat désire » chez la clientèle mondialisée. Il écoule des produits de marque « dégriffés » dans les pays du Sud et les quartiers populaires du Nord en donnant une visibilité inespérée aux dits produits de luxe – quand bien même le crocodile de Lacoste boude sa gloire devenue canaille.
Un abandon municipalIl est également reproché au propriétaire du marché du Soleil de ne pas avoir mis aux normes son bâtiment après l'incendie du 18 juin 2008. Après ce sinistre a priori accidentel, aucun soutien n'était venu de la chambre de commerce ni de la mairie. Les commerçants avaient campé sur les trottoirs, puis, lassés d'attendre, avaient réinvesti les lieux sans autorisation. En 2023, la Ville a publié un arrêté de mise en sécurité pour obliger le propriétaire à effectuer des travaux, mais sans proposer d'alternative aux commerçants. Comme si, en raison de sa gestion privée, le marché était étranger à la Ville.
« La porte d'Aix est une place marchande historique que les pouvoirs publics n'ont eue de cesse de contenir, déménager, voire anéantir »Pourtant, le commerce de rue est au cœur des cultures méditerranéennes. Depuis le bric-à-brac des Présentines et des Chapeliers jusqu'au bazar de Belsunce, en passant par le marché Velten et le marché pucier de la place Jules Guesde, la porte d'Aix a été historiquement une place marchande que les pouvoirs publics n'ont eue de cesse de contenir, déménager, voire anéantir. À la fin du siècle dernier, la municipalité, à défaut de se débarrasser de cette activité encombrante, a transféré la gestion de ses deux pôles les plus foisonnants au privé, avec l'ouverture en 1988 du Marché aux Puces, puis du Marché du Soleil en 1989.
Aujourd'hui, la reconnaissance de ces marchés comme patrimoine marseillais par une équipe municipale de gauche n'est clairement pas à l'ordre du jour. Massilia Sound System a eu beau fêter son anniversaire sur une scène géante dressée sur le Vieux-Port, les paroles de la chanson « Au Marché du Soleil » n'ont visiblement pas traversé le double vitrage du bureau du maire.
Euroméditerranée à la manœuvreÀ Marseille, ancienne « porte de l'Afrique et de l'Orient », on s'entête à nier une économie de la rue pourtant dynamique – le sociologue Michel Peraldi affirme que pendant son âge d'or du siècle dernier, le bazar de Belsunce n'avait rien à envier à celui d'Istanbul. Sans doute certains politiques cherchent-ils à sauver ainsi le commerce dit respectable… Peine perdue : le Centre-Bourse, temple du chic feutré bâti tel un fortin face aux ruelles populeuses de Belsunce, pleure le départ récent des Galeries Lafayette. Essaimés sur tout le territoire communal pour faire concurrence aux zones commerciales de la périphérie, les shopping malls se vampirisent les uns les autres après avoir tué les échoppes de proximité. Pour survivre, le Centre-Bourse vient d'attirer un Lidl, et bientôt un Action, actant à contre-cœur que le centre-ville est encore habité par des pauvres.
Comme le Marché aux Puces, tout aussi vital pour les plus modestes qui y vendent et achètent à bon prix – et lui aussi condamné à disparaître dans un paysage livré aux promoteurs –, le Marché du Soleil est situé sur le périmètre d'Euroméditerranée, « l'opération de rénovation urbaine la plus vaste d'Europe du Sud » selon l'établissement public qui la cornaque. Depuis une trentaine d'années, ladite opération s'emploie à vider les quartiers portuaires d'une présence et d'activités jugées indésirables par une bourgeoisie raciste et agoraphobe. Sans se soucier du fait que, mécaniquement, sa politique du vide nourrit la ghettoïsation et les réseaux du trafic alentour. Qu'importe, on refoule les habitants toujours un peu plus loin. L'emprise territoriale initiale de ce programme de reconquête était de 480 hectares. Son périmètre de compétence vient, par décret du 5 août 2025, d'être élargi à toute la commune de Marseille. Guerre partout, ville nulle part, voilà le programme.
Louise Gras et Bruno Le Dantec
1 Voir « À Belsunce, la nouvelle doctrine sécuritaire tape large et rate sa cible », Marsactu (21/11/2025).
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Mairies, à jamais impuissantes ?
7 mars, par Livia Stahl — Georges Debanne
Si la commune semble aujourd'hui peu capable d'incarner une dimension politique véritable, c'est que le droit public, édicté par l'État, la tient solidement en laisse. Analyse d'une dévitalisation juridique, sauce néolibérale.
« Submergée par l'État-nation urbanisé et vouée au capitalisme, la cité [...] abrite la mémoire d'une liberté perdue, de l'autogestion d'antan, de la liberté civique d'autrefois pour laquelle les opprimés ont lutté pendant des siècles de développement social »1.
Aujourd'hui, la capacité politique de la commune est surtout très encadrée par le droit, celui édicté par l'État et par la loiLa libertaire Janet Bielh regrette par ces mots une image d'Épinal de la commune qu'on peine à imaginer aujourd'hui. Certes, cette dernière a pu, par endroits et par périodes, être ce lieu politique foisonnant [voir page 7]. Mais aujourd'hui, la capacité politique de la commune est surtout très encadrée par le droit, celui édicté par l'État et par la loi.
Maintenir l'ordre social à tous les échelonsSelon Maurice Hauriou, l'un des pères fondateurs du droit public, la commune est avant tout une « institution ». C'est-à-dire, une fiction juridique créée par le pouvoir central (l'État) et dont le but est de répondre aux besoins d'un groupe d'habitant·es donné, de les organiser (dans le capitalisme), et bien sûr d'amortir leurs poussées revendicatives : donner droit à certaines de leurs demandes, en punir d'autres. Hauriou prévient : « Là où l'État n'en organise pas, il se crée des pouvoirs autonomes ; l'organisation spontanée des communes au Moyen Âge, ou bien de certaines seigneuries féodales, en est un exemple . » En effet, dès le XIe siècle, les villes et paroisses de campagne commencent à s'émanciper de l'emprise de leurs systèmes féodaux : les bourgeois, marchands et artisans qui y vivent cherchent à s'affranchir du pouvoir et des taxes seigneuriales. L'État royal voit dans ces vagues d'insurrections urbaines un moyen d'affaiblir les seigneurs locaux, qui lui font conccurrence, et d'affermir sa centralisation. Il donne alors aux cités une assise démocratique, tout en n'hésitant pas à les réprimer quand elles se montrent trop indépendantes.
Selon cette même logique, l'État contemporain s'applique donc à donner aux communes suffisamment de pouvoir pour qu'elles maintiennent l'ordre social sur son territoire national et pour qu'elles appliquent ses politiques publiques, mais ne pas trop leur lâcher la bride non plus, au risque qu'elles se constituent en réels contre-pouvoirs.
Ainsi, ce n'est pas par idéalisme démocratique, qu'en 1789, l'État reconnaît à certaines villes le droit de s'administrer elles-mêmes, ou lorsqu'en 1882, il généralise l'élection des maires et des conseils municipaux par leur population. C'est pour que ces derniers puissent efficacement, et « légitimement » (grâce à leur élection) intervenir sur le terrain : entretien de la voirie, des églises et des cimetières, gestion de l'eau potable, de l'éclairage public ou réglementation des marchés. Dans l'entre-deux-guerres, le nouveau Parti communiste florissant s'engage peu à peu dans la conquête des municipalités et engrange des succès électoraux. En 1925, il contrôle une soixantaine de mairies. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il en tient déjà 324 (dont un quart en banlieue parisienne). Et au milieu des années 1960, ce sont plus de 1 100 maires encartés ou apparentés, administrant près de 9 % de la population française et plus de 40 % de celle de la banlieue du Grand Paris. Dès lors, la « liberté d'administration » bien utile à l'État se transforme en interventionnisme tous azimuts : les communistes mettent leur nez dans le fonctionnement des services publics, la politique culturelle, le ravitaillement, le logement, l'hygiène, la prévoyance sociale, les transports, le gaz, l'électricité… Même les colonies de vacances pour les plus jeunes, sujet d'orgueil pour les villes rouges, sont subventionnées. Un socialisme (ou communisme) municipal énergique et entreprenant qui ne tarde pas à inquiéter l'État. Jugeant ces pratiques onéreuses et désordonnées, il va vouloir remodeler selon sa logique les territoires de la République.
Efficacité, rationalité, intercommunalitéLes communes d'un même bassin de vie pouvaient juger pertinent de gérer ensemble certains services publics, comme le traitement des déchets ou l'assainissement. Elles montaient alors un syndicat intercommunal, et lui déléguaient les compétences pour s'en charger.
L'objectif est clair : faire émerger de grandes aires urbaines, plus compétitives que nos petites communes, sur la scène nationale et européenneC'est dans cette pratique de regroupement « fonctionnel » que l'État voit l'occasion de réorganiser l'activité des communes. Dans le tournant néolibéral des années 1960-1970, puis avec les grandes lois de décentralisation (1982, 2014-2015, 2023), l'État, tous partis politiques au pouvoir confondus, va pousser les communes à transférer toujours plus de compétences à ces « intercommunalités » – aujourd'hui nos « métropoles », « communautés urbaines », « communautés d'agglomération » ou « de communes »2. Et son objectif est clair : « Remettre les métropoles françaises à la hauteur de leurs homologues européennes » (Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre sous François Hollande) et faire émerger de grandes aires urbaines, plus compétitives que nos petites communes, sur la scène nationale et européenne3.
Et pour inciter les communes à transférer leurs compétences à l'intercommunalité, rien ne vaut l'argument financier. Depuis une vingtaine d'années, l'État restreint leur capacité à lever des impôts locaux. Par exemple, en s'attribuant une partie de la juteuse taxe professionnelle prélevée aux entreprises présentes sur le territoire communal, ou en supprimant la taxe d'habitation.
Alors que les communes ont pour vocation de représenter les intérêts de leur population, les intercommunalités procèdent d'une logique économique néolibéraleÀ chacune de ces réformes, il promet de compenser cette perte au travers de la dotation générale de fonctionnement, qu'il verse directement aux communes. Mais ce faisant, il peut librement geler ou abaisser son montant lors du vote du budget de l'État, au motif de réduire la dette publique. Cette année encore, deux milliards d'économies supplémentaires sont imposées aux collectivités. Il reste donc aux communes les compétences qu'elles n'auraient pas transférées. Et encore, les maires ne peuvent pas édicter d'arrêtés municipaux comme bon leur semble [voir encadré].
Que peut la commune ?Faire muer des communes en grandes intercommunalités, ce n'est pas seulement changer d'échelle pour administrer un territoire : c'est aussi modifier leur essence. Alors que les communes ont pour vocation de représenter les intérêts de leur population [voir encadré], les intercommunalités procèdent d'une logique économique néolibérale. Monstres gestionnaires, elles éloignent les habitants des lieux de décision politique et, si les conseillers communautaires sont élus en même temps que les conseillers municipaux, ils restent peu identifiés par la population. Dans ce contexte, la démocratie locale sert davantage à produire du consentement auprès de la population, afin qu'elle accepte l'application sur le territoire de politiques nationales. En témoigne la mise en place d'outils dits de « démocratie participative », qui n'a rien à voir avec le fait de rendre un peu de pouvoir politique à la population. Il en est ainsi des consultations publiques, non contraignantes pour les élus (qui peuvent sans problème les ignorer) et autres budgets participatifs, qui ne permettent jamais de mener des politiques d'ampleur, au-delà de la construction de quelques bancs par-ci ou de cabanes à oiseaux par-là.
Pieds et poings liés par l'État, la liberté d'administration des communes est réduite à peau de chagrin. Pour autant, certaines continuent courageusement de faire vivre leur essence politique, et bravent le « principe de neutralité » pour prendre position contre l'État. Quand les communes de Gardanne ou de Champigny-sur-Marne ont soutenu des grévistes en 1989 et 1990 ou quand, plus récemment, les villes de La Salvetat-Saint-Gilles, de La Courneuve et de Montreuil ont affiché leur soutien à Gaza, par des délibérations ou des drapeaux palestiniens au fronton de la mairie, elles se sont fait systématiquement sanctionner par le juge. Trop politiques, les communes ?
Livia StahlLa très peu libre administration des communes
Les communes bénéficient d'une liberté d'administration, garantie par la Constitution. Mais celle-ci doit s'exercer dans les limites de la loi. Plus celle-ci est précise, moins ils ont de marge de manœuvre. Quand le maire de Bègles a par exemple interdit en 2019 l'utilisation de glyphosate (pesticides) sur son territoire pour protéger sa population, le tribunal a annulé son arrêté.
Mais les arrêtés municipaux sont aussi contrôlés automatiquement par le représentant de l'État sur leur territoire : le préfet. Celui-ci peut, comme ce fut le cas à Grenoble en 2022, empêcher une autorisation de port de burkini dans les piscines municipales, au motif que cela contreviendrait à la laïcité. Et bien souvent, avant de porter l'arrêté devant le juge, le préfet va simplement téléphoner au maire et négocier avec lui sa réécriture.
La vraie potentialité subversive de la commune
C'est le dilemme de l'État. Pour maintenir l'ordre, il avait reconnu aux communes, aux départements et aux régions le pouvoir d'intervenir dans toutes « les affaires » concernant leurs territoires respectifs. Pour ce faire, ces trois collectivités territoriales étaient dotées de la « clause générale de compétence » depuis 1884. Clause que l'État veut leur retirer, avec difficulté. Il l'a supprimée pour les départements et les régions en 2010, avant de la rétablir en 2014, puis de la supprimer à nouveau en 2015. Les communes l'ont quant à elles toujours conservée. Pourquoi un tel acharnement ? Parce que la clause générale de compétence contient un potentiel hautement politique : c'est le droit pour une commune de prendre toute mesure qu'elle juge utile dans l'intérêt des besoins de sa population. À part l'État lui-même, aucune autre institution ne dispose d'un tel pouvoir d'initiative. Cette clause confère donc aux communes l'embryon d'un double pouvoir, qui vient naturellement concurrencer celui de l'État central. Un caillou dans la chaussure, dont il ne peut pourtant pas se passer. Et au potentiel très subversif… voire révolutionnaire ?
Les maires en ont ras le bol d'être maires
Le mandat 2020-2026 fut particulièrement éprouvant pour les maires : crise du Covid-19, crise énergétique, crise budgétaire… Et les démissions de maires en cours de mandat sont nombreuses. En moyenne, 42 chaque mois, sur nos 34 875 communes. Selon une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)4 d'avril 2025, 41,7 % seulement des maires souhaitaient se représenter aux municipales de cette année, contre 48 % en 2020. Un désengagement qui s'aggrave globalement, et de manière inégale selon les territoires.
Dans les communes comprises entre 9 000 et 30 000 habitant·es, 70 % des maires retentent l'aventure, contre 36 % dans celles de 250 à 500 habitants, et 40 % pour celles de moins de 250 habitants. Quand on observe les raisons invoquées de cette lassitude, on comprend vite que dans les communes rurales, être maire relève moins de la distinction que du dévouement. La première cause d'ordre institutionnel est le manque de ressources financières, qui ne permettent pas aux élus de remplir leurs missions ni de satisfaire les besoins de leur population (17 %). La deuxième est imputée aux trop fortes exigences des administrés (15 %). 9 % des édiles évoquent l'insuffisance de leurs indemnités liées à leur fonction (9 %) et le système de retraite défavorable qui en découle (9 %).
Ainsi, dans les petites communes, a fortiori rurales, les maires doivent conserver leur métier à côté de leurs missions. Gwenaël Crahès, maire de La Grigonnais (Loire-Atlantique, 1815 habitants) comptabilise 60 à 70 heures par semaine, tout en luttant pour obtenir des absences auprès de son employeur principal5. Un emploi du temps difficile à tenir, surtout pour les femmes, qui écopent bien souvent en prime du travail au foyer. Pour elles, le risque de burn-out est significativement plus élevé que chez les hommes, alors que 31,4 % des maires faisaient déjà face à un début d'épuisement en 2024, selon une étude menée par l'Association des maires ruraux de France. Enfin, parmi les autres raisons personnelles invoquées, si de nombreux maires décident de raccrocher en raison de leur âge avancé (15 %) ou du sentiment d'avoir atteint leurs objectifs (20 %), la deuxième raison reste un sentiment d'insécurité et de surexposition face aux comportements des citoyens (19 %). En 2024, on recensait pas moins de 30 à 40 agressions par semaine, dont 250 agressions physiques. À cran, nos concitoyens ?
1 Janet Biehl, Le Municipalisme libertaire : la politique de l'écologie sociale (1998), Écosociété, 2013.
2 Ainsi, les communautés de communes doivent exercer le développement économique, l'aménagement de l'espace, la collecte et le traitement des déchets ménagers et la gestion de l'eau et de l'assainissement. Les métropoles doivent en plus se voir transférer la politique locale de l'habitat, la politique de la ville, la gestion de l'ensemble des services d'intérêt collectif (cimetière, abattoirs, incendie…) et la protection de l'environnement.
3 Voir les lois du 27 janvier 2014 de Modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles (Maptam), et du 7 août 2015 portant la Nouvelle organisation territoriale de la République (Notre)
4 « L'état d'esprit des maires à un an du scrutin » (avril 2025).
5 « Municipales : les maires ruraux boudent l'investiture », Journal des Maires (juillet-août 2025).
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Commune envie de tout plaquer
7 mars, par L'équipe de CQFD — Le dossierLes élections municipales pourraient être un grand moment politique. Débats passionnés, assemblées locales agitées par le devenir de notre premier lieu de vie : la commune, celle que nous parcourons au quotidien, celle dont on connaît les enjeux, celle dans laquelle on milite. Pourtant, on découvre souvent l'identité des candidat·es à la vue de leur portrait placardé, et on vote par tradition, à gauche ou à droite, sans conviction. Et que des listes « citoyennes » ou que la France insoumise déclarent venu le temps de la reprise du pouvoir local par la population (voir pages 6 et 7) n'y change pas grand-chose : le taux d'abstention progresse inlassablement depuis 1983, pour atteindre 37,9 % en 2014 et 55,3 % en 20201. En 2022, 16,5 % de la population admettait n'être même pas inscrite dans la commune où elle vivait (dont 38,7 % des 18-25 ans). Mais alors, pourquoi tout le monde s'en fout ? Comment comprendre que les maires, ces élu·es inspirant pourtant le plus confiance, soient aussi peu investi·es ? Est-ce la faute des enfants gâtés que nous sommes, à ne pas remplir notre devoir citoyen·ne ? À y regarder de plus près, notre désintérêt pourrait venir d'ailleurs : car même si les plus fieffé·es gauchistes siégeaient au conseil municipal, la commune semble aujourd'hui bien incapable de mener ses propres politiques. Soit qu'elle n'en ait pas les moyens financiers, soit qu'elle n'en ait pas les compétences. Vidée de son pouvoir par l'intercommunalité, ficelée de toutes parts par les législations nationales, la commune ressemble toujours plus à un bureau des plaintes, sans solution. A-t-elle dit son dernier mot ?
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Ti amo tutti antifascisti
7 mars, par Roman — Alix Aubert-Pérocheau, Actualités
Un fasciste, un authentique, est tué dans les rues de Lyon après s'en être pris à des antifas et c'est tout le pays qui est en émoi. En quelques jours s'est imposé un récit qui, pour la classe médiatique et politique, a la vertu de criminaliser tout ce qui est à gauche des Verts, et de répondre aux inclinaisons passionnelles des journalistes pour le camp des « patriotes ».
Au début, il y a Quentin Deranque et sa quinzaine de copains. Certains sont des identitaires du groupuscule Héritage. D'autres viennent d'Audace, un groupe de néofascistes. Et puis comme les gars ne sont pas sectaires, ils ont aussi invité les roycos de l'Action française. Bref une interfafs locale. Encagoulés, équipés de casques, de gazeuses, de béquilles et de torches incendiaires, ils rôdent le 12 février dans le 7e arrondissement de Lyon, non loin de l'Institut d'études politique où l'eurodéputée Rima Hassan (LFI) donne une conférence. Dans une vidéo publiée par Le Canard enchaîné quelques jours plus tard, on voit le groupe s'affronter, manifestement de bon cœur, avec une quinzaine d'autres personnes dans la rue. Apparemment des antifas lyonnais de la Jeune Garde1. Les fascistes perdent la bagarre et s'enfuient en laissant Quentin derrière eux. Le militant est roué de coups, frappé au sol par plusieurs personnes. Il succombera de ses blessures à l'hôpital. Ça, c'est ce que l'on sait des faits : un militant d'extrême droite meurt dans un pugilat.
À faire pleurer les pierresEt puis il y a le récit qui est fait de cet événement. Dès le 13 février, Alice Cordier, présidente de Némésis, un collectif qui défend les femmes uniquement si elles sont blanches et que leur agresseur ne l'est pas, fait le tour des plateaux télé. D'après elle, Quentin aurait été victime d'un guet-apens tendu par des antifascistes, alors qu'il faisait gentiment le service d'ordre pour un happening organisé par les jeunes femmes – une banderole sur laquelle était gribouillée « Dehors les islamo-gauchistes » et quelques slogans racistes devant la conférence de Rima Hassan. Dans les médias ce narratif s'impose rapidement et un portrait se dessine. Celui d'un « jeune étudiant en mathématiques », « catholique » et « non-violent », qui « détestait les conflits »2. Un service après-vente d'autant plus ridicule qu'il est démenti par les groupuscules les plus radicaux du pays. Luminis par exemple, un groupe qui se revendique du nationalisme-révolutionnaire et qui organise des maraudes réservées aux Blancs, publie dès le 13 février sur le réseau de communication Telegram : « Quentin était un camarade, un jeune catholique de 23 ans, un militant nationaliste dont l'engagement radical dépassait largement le rôle “d'agent de sécurité” pour le Collectif Némésis […] Comme lui, la lutte à mort nous rend joyeux. Nous n'oublierons pas ton sacrifice, nous porterons la flamme et nous ferons payer aux assassins de notre peuple. »
L'extrême droite a réussi son coup : la bourgeoisie a clairement choisi le fascismeUn martyr est né, avec le concours fortuit d'une classe politique et médiatique qui se saisit de l'affaire pour incriminer la France insoumise et criminaliser de plus belle l'antifascisme. En une de L'Express : « LFI Danger public ». Sur celle de Marianne : « Les nouveaux fascistes » en dessous des portraits de Mélenchon, Rima Hassan et Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde et député insoumis. Marion Maréchal-Le Pen : « La milice de Mélenchon et LFI a tué . » Maud Bregon, porte-parole du gouvernement : « Responsabilité morale » de la France insoumise. Glucksmann : « LFI brutalise le débat public depuis des semaines et des semaines, des mois et des mois. Vous ne pouvez pas en permanence utiliser des mots d'une violence extrême sans penser que ces mots se traduiront en actes. » Avec des degrés de courtoisie variables, toutes et tous disent en substance la même chose que les groupes fascistes provençaux Tenesoun et Aquila Popularis au rassemblement en hommage à leur camarde le 15 février dernier : « Nous réclamons des comptes à tous les politiques qui ont soutenu sans scrupules la Jeune Garde, comme la France insoumise. » L'extrême droite a réussi son coup : la bourgeoisie a clairement choisi le fascisme. L'Assemblée nationale décide même d'une minute de silence pour Quentin.
Vous condamnez les violences ?Moins attendu que l'opération de diabolisation tous azimuts du parti de Jean-Luc Mélenchon, c'est la condamnation quasi unanime des violences. Les mêmes qui n'hésitent pas à mobiliser l'imaginaire de la Résistance pour appeler au « front républicain » semblent soudain oublier que les fascistes d'hier n'ont pas été battus avec de simples mots. Mediapart, dans un édito : « Ce qui s'est passé jeudi soir à Lyon (Rhône) est un affront à notre humanité commune. » Clémentine Autain : « Mourir en France pour ses idées n'est pas acceptable. » Cette position, c'est peut-être Olivier Faure, qui l'exprime de la manière la plus claire : « Le règlement des conflits passe par la traduction devant les tribunaux, ou par les urnes. Personne n'est autorisé à se faire justice soi-même. »
Pour ce qui est des urnes, avec l'accession au pouvoir de dirigeants d'extrême droite à travers le monde comme rempart, on repassera. Et le diptyque flics-magistrats ? Si l'argument prête à rire, sa popularité force à y répondre. À Lyon, entre 2010 et 2025, les journalistes de Rue89 ont recensé 102 agressions de l'extrême droite. 70 % d'entre elles sont restées impunies. Lorsque la police ne commet pas directement les crimes racistes, elle leur laisse libre cours. C'est ce que résume Frédéric Lordon dans une note de blog : « Lorsque la société est abandonnée à des milices tolérées par tout l'appareil d'État, depuis les bas-fonds de sa police jusqu'aux sommets de l'administration et du gouvernement, préfets et ministres, ignorées par les médias qui, eux, auraient le pouvoir de faire naître une réprobation sociale à l'échelle du pays, alors, oui, quand plus rien ne dissuade les milices, il n'est pas étonnant que certains n'aient plus envie de subir, forment le projet de se défendre – accessoirement de défendre les autres –, s'en donnent les moyens. »
L'autodéfense, donc. Pris au sérieux, le concept suppose, a minima, d'accepter la possibilité de prendre des coups, et de les rendre. Or l'autodéfense ne semble jamais autant séduire que lorsqu'elle reste théorique, de l'ordre du principe abstrait. Et la petite gauche bourgeoise de s'en revendiquer hypocritement tout en condamnant ses implications matérielles. Car dès qu'une situation réelle surgit, que dans la violence, la peur et la confusion, des coups sont effectivement donnés, le réflexe moral reprend le dessus : « Je condamne toutes les violences ». En oubliant trop vite que ce n'est pas la violence, comme donnée abstraite et flottante, qui est la cause de cette mort, mais les conditions politiques dans laquelle cette violence a pu se déployer : la progression du fascisme en France et son expression dans les rues. « Quand on fait face à ce type de groupes dans une ville [comme Lyon, ndlr] où il y a 50, 100, 150 peut-être – si on prend le milieu large – militants aguerris, violents, ça suppose des confrontations de violence récurrentes qui peuvent effectivement conduire à ce qui s'est passé », rappelle utilement le sociologue et spécialiste de l'extrême droite Ugo Palheta. Pour autant, les faits qui se sont déroulés le 12 février à Lyon et leurs conséquences politiques et judiciaires pour la gauche, l'antifascisme et les personnes interpellées, dont on ressent à peine les premières secousses, imposent de s'interroger sur le cadre de l'usage de cette violence et de penser les moyens de son contrôle. « On a besoin de collectifs antifascistes qui savent maîtriser les formes de contre-violence ou d'autodéfense », résume Ugo Palheta.
Roman
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Au sommaire du n°250 (en kiosque)
7 mars — Sommaire, Olivier Garraud
Les 15 et 22 mars 2026, les détenteur.ices du droit de vote en France sont appelé.es aux urnes pour les élections municipales. Si elles seraient l'occasion de décentraliser le pouvoir politique en permettant une démocratie plus effective, on s'est demandé ce qu'il en était réellement. Quelle marge de manœuvre l'État laisse-t-il aux communes ? Les listes citoyennes participatives réalisent-elles leurs promesses d'inclusion ? Le sociologue Pierre Sauvêtre achève de nous convaincre que « la commune », l'idylle de tout bon anarchiste, ce n'est pas les municipales.
Hors dossier, grosse colère contre la criminalisation des militant·es antifascistes depuis le décès d'un vrai facho nationaliste radical prouvant une nouvelle fois la bien-pensance d'une gauche bourgeoise déconnectée du terrain des luttes. Puis, analyse des enjeux de la fermeture du Marché du Soleil sous prétexte de la lutte contre la malfaçon et du blanchiment qui laisse tout le quartier exsangue, et rencontre avec des berger·es, au statut toujours plus précaire et au quotidien harassant, qui tentent de faire entendre leur voix.
Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...
En couverture : « Le mal de maire » par Olivier Garraud
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Le mal de maire
– Commune envie de tout plaquer – Les élections municipales pourraient être un grand moment politique. Débats passionnés, assemblées locales agitées par le devenir de notre premier lieu de vie : la commune, celle que nous parcourons au quotidien, celle dont on connaît les enjeux, celle dans laquelle on milite. Pourtant, on découvre souvent l'identité des candidat·es à la vue de leur portrait placardé, et on vote par tradition, à gauche ou à droite, sans conviction.
– Mairies, à jamais impuissantes ? – Si la commune semble aujourd'hui peu capable d'incarner une dimension politique véritable, c'est que le droit public, édicté par l'État, la tient solidement en laisse. Analyse d'une dévitalisation juridique, sauce néolibérale.
– Aux armes, listes citoyennes – Elles promettent de « rendre le pouvoir aux habitants » et séduisent de nombreux déçus de la politique. Elles ne jurent que par la démocratie locale, la justice pour tous et l'écologie populaire. Elles sont un peu roses, un peu vertes… et pas vraiment rouges. Pour les élections municipales 2026, les listes citoyennes ont le vent en poupe !
– « Miser sur les municipales, c'est donner une légitimité à ses maîtres quand on veut précisément les combattre » – Pierre Sauvêtre est sociologue et spécialiste de Murray Bookchin, référence moderne en matière de communalisme. Il revient sur ce concept trop peu défriché, que la France insoumise semble s'appliquer à noyer davantage. Entretien.
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Actualités d'ici & d'ailleurs
– Ti amo tutti antifascisti – Un fasciste, un authentique, est tué dans les rues de Lyon après s'en être pris à des antifas et c'est tout le pays qui est en émoi. En quelques jours s'est imposé un récit qui, pour la classe médiatique et politique, a la vertu de criminaliser tout ce qui est à gauche des Verts, et de répondre aux inclinaisons passionnelles des journalistes pour le camp des « patriotes ».
– Éclipse totale du bazar marseillais ? - Au nom de la lutte contre la malfaçon et le blanchiment d'argent sale, un arrêté préfectoral vient de décréter la fermeture administrative pour six mois renouvelables de l'emblématique Marché du Soleil, à Marseille. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d'avoir la rage.
– La lutte des classes est dans la bergerie – Dans les alpages comme dans les plaines, les gardiennes et gardiens de troupeaux, exploité·es et sous-payé·es, voient rouge. Le mythe d'une paysannerie unie a fait son temps : les salarié·es agricoles s'organisent en syndicat pour construire le rapport de force.
– CRA : « la privatisation se renforce » – Entre 2012 et 2015, la sociologue Louise Tassin s'est immergée dans un CRA francilien et s'est intéressée à la rétention à Lesbos et Lampedusa. Elle y a observé des tendances lourdes d'externalisation des responsabilités, de privatisation, de sous-traitance et ce qu'elles produisent. Entretien.
– Fernando ou la voix des oiseaux – Fernando R. sera jugé en mars pour une série d'incendies volontaires qui ont fait partir en fumée des voitures de la société Enedis et des antennes de téléphonie mobile et de télévision. L'accusé, qui risque jusqu'à dix ans de prison, se dit innocent, mais solidaire des personnes qui ont commis ces actes.
– Place au carnaval des écoles d'art outragées – Après l'ouverture d'une enquête judiciaire demandée par le ministre de l'Intérieur en personne, Laurent Nuñez, à la suite d'une performance artistique dénonçant les violences policières à la Haute école des arts du Rhin-Mulhouse (HEAR), les écoles d'art et de design se mobilisent partout en France pour apporter leur soutien.
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Côté chroniques
– Lu dans... | Marielle Franco et le MST : des luttes communes pour le peuple – Dans le média brésilien Brasil de Fato, Maíra, militante du Mouvement des Sans-terre, revient sur la condamnation des commanditaires de l'assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale et militante pro LGBTQI+, et de son chauffeur Anderson Gomes, abattus le 14 mars 2018.
– Sur la Sellette : La parole est à la défense –En comparution immédiate, on traite à la chaîne la petite délinquance urbaine, on entend souvent les mots « vol » et « stupéfiants », on ne parle pas toujours français et on finit la plupart du temps en prison. Une justice expéditive dont cette chronique livre un instantané.
– Échec scolaire : Fusils lasers – Loïc est prof d'histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu'on s'est planté ?
– Peine perdue : Incorruptible – Luno intervient bénévolement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Épisode 5 : un magot à la clé ?
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Côté culture
– Zones À Détruire – Quand tu zieutes un planisphère, tout semble clair : 197 États-nations et beaucoup de flotte. Et puis tu lis Le capitalisme de l'apocalypse, de Quinn Slobodian, et tu comprends que ce n'est pas si simple. Au sein de ces « contenants que sont les nations » se trouvent des « enclaves qui échappent aux formes ordinaires de réglementation ». Des zones qui constituent le fantasme des accros au néolibéralisme débridé et au sapage de la démocratie.
– Àtravers les yeux des dames de fraises – Avec la BD Dames de fraises, doigts de fée, la dessinatrice Annelise Verdier nous raconte le quotidien de violences et d'entraides des milliers de Marocaines qui, chaque saison, vont travailler dans la production de fraises dans le sud de l'Espagne.
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Et aussi...
– L'édito – Bien dormir avant la guerre nucléaire
– Ça brûle ! – Un seul être vous manque…
– L'animal du mois – Le cerf braqueur
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