Souriez vous êtes filmés

La biométrie, c’est sexy !

Exposition de la Cité des sciences

jeudi 22 décembre 2005, par Les Amis d’Orwell

La Cité des sciences et de l’industrie de la Villette accueille pour un an une exposition sur la biométrie, intitulée "Le Corps identité". Et ce, avec la prétention de contribuer au débat sur ces technologies en plein développement, et en y mettant une soi-disant objectivité.


Or, cette exposition est soutenue par Sagem Morpho, du groupe Safran. Cette société est tout simplement spécialisée dans les produits biométriques. Elle se vante même d’être "la première entreprise mondiale dans ce domaine". Elle fabrique des systèmes biométriques permettant d’identifier les empreintes digitales, l’iris et le visage. Ses machines servent d’ailleurs à animer l’exposition de la Cité des sciences. L’entrée de l’exposition nous place d’emblée au cœur du sujet. Un sas permet au visiteur d’enregistrer son empreinte digitale et l’image de son visage. Le lecteur d’empreinte est bien entendu un produit Sagem. Tout au long de l’exposition, le visiteur sera alors identifié lorsqu’il voudra participer à un nouveau jeu et sa photo apparaîtra sur l’écran de l’ordinateur.

Les organisateurs cherchent à flatter le narcissisme des visiteurs. Ces derniers sont tout émus de découvrir qu’on les reconnaît ; que l’on s’adresse à eux personnellement dès lors qu’ils sont identifiés par leur empreinte digitale. Ils existent. Pour des machines, certes. Mais dans une société où le lien social se délite, quel plaisir d’être enfin RECONNU ! Des jeux permettent par exemple au visiteur de rechercher à quelle famille son empreinte appartient : arche, verticille ou atypique ? Autre animation : comparer sa photo avec son Eigenface, une image reconstituée informatiquement à partir de modèles de visages. Il est également proposé d’identifier son iris et de signer plusieurs fois sur une tablette graphique afin de tester l’efficacité de la technique biométrique appelée signature dynamique. Un système qui se base sur le geste pour identifier les individus.

Une exposition qui se veut didactique

D’autres stands se veulent plus sérieux. Sur l’un d’entre eux, on tente de faire réfléchir le visiteur sur l’identité. Un autre s’intéresse au corps des Français. Il montre au passage les avantages de la technique laser qui mesure un corps en 10 secondes alors que la bonne vieille toise n’était, est-il affirmé, même pas précise. L’histoire de la biométrie est aussi exposée. On apprend que l’homme préhistorique utilisait son empreinte pour signer. Alors, pourquoi pas nous aujourd’hui ? Qu’en 1892, un policier argentin a identifié, pour la première fois, un criminel par ses empreintes digitales. Les fiches anthropométriques de Bertillon, cet inventeur de la police scientifique, ne sont pas éludées. Histoire peut-être de dire que la biométrie est une technique ancienne et qu’il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter. On n’oublie pas non plus l’anthropométrie subjective et ses théories qui prétendaient établir l’existence de traits physiques criminels. Mais la biométrie d’aujourd’hui est scientifique et efficace, veut-on suggérer, puisqu’on peut même la tester dans des jeux. Des cartes d’identité, l’exposition veut bien admettre qu’elles ont parfois été "discriminantes", mais elle ne dit pas que Pétain les a rendues obligatoires et que la mesure a facilité l’arrestation des Juifs.

Un petit tour du monde nous explique que la biométrie est déjà utilisée dans de nombreux pays : des USA à l’Australie en passant par le Brésil et Israël qui utilise un système biométrique pour surveiller les travailleurs palestiniens qui franchissent leur frontière quotidiennement. Alors, pourquoi la France resterait-elle un pays arriéré ? Car c’est bien le message permanent de cette exposition. Un film de huit minutes met en scène deux jeunes qui débattent des avantages et des inconvénients de la biométrie. Le pro-biométrie est clairement présenté comme le personnage moderne, tandis que l’autre, qui se méfie de cette nouveauté, est un ringard doublé d’un peureux. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) est là pour contrôler d’éventuelles dérives, assure par exemple le moderne.

La CNIL cautionne évidemment cette exposition. Elle est présentée comme partenaire technique. De nombreux panneaux informatifs développent ses fonctions et ses recommandations. Pour renforcer le caractère didactique et prétendument objectif de l’exposition, on a droit à des enregistrements sonores d’opposants comme la présidente de l’association IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire).

Les organisateurs, qui cherchent à intéresser un public jeune, n’ont pas lésiné sur les moyens. Ils présentent un dessin animé qui est une version biométrique du Petit Chaperon rouge. Dans un monde futuriste, le petit chaperon rouge part chez sa grand-mère malade pour lui apporter des gâteaux. Le loup l’espionne. Elle démarre sa voiture avec son empreinte digitale, mais l’auto tombe en panne. Elle appelle alors une copine avec son portable digital et celle-ci arrive en un clin d’œil. Elle lui prête sa voiture biométrique : facile, elle n’a qu’à la démarrer. Et voilà le petit chaperon rouge sur la route. La jeune fille s’arrête au distributeur de billet qui l’identifie par son iris. A la boulangerie, les gâteaux défilent sur des tapis roulants. Pas besoin de la traditionnelle boulangère pour servir ; et en plus, on paye "cardless" (sans carte), biométriquement. Manque de chance, le petit chaperon rouge ne peut plus redémarrer la voiture de sa copine (eh oui, elle n’a pas son empreinte digitale sur elle !). La voilà repartie à vélo. Le loup, lui, utilise les transports en commun, plus rapides et dont l’accès est évidemment biométrique ! Il arrive avant le petit chaperon rouge chez la grand-mère et, comme dans le conte, prend sa place dans le lit. La jeune fille entre par la fenêtre puisque le système biométrique d’ouverture de la porte ne fonctionne pas. Elle réalise trop tard, grâce à une authentification ADN de la salive du loup, que ce n’est pas sa grand-mère. Mais finalement, elle tombe amoureuse de son agresseur. Happy end ! Et qu’est-ce qu’on s’amuse avec la biométrie ! Il suffit de lire les commentaires du livre d’or pour s’en rendre compte.

Les objectifs du Gixel sont atteints, merci la Cité des Sciences !

Le Groupement des industriels de l’électronique, le Gixel, dont fait partie la Sagem, peut se réjouir. La Cité des sciences, musée national, a fait totalement siens les objectifs énoncés dans le Livre bleu 2004 du Gixel : "Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes : éducation dès l’école maternelle [...],introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux [...], développer les services “cardless” à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet". Il ne fait aucun doute que les organisateurs de cette exposition ont suivi à la lettre les recommandations du Livre bleu 2004. Mais, honteusement, ils n’y font pas référence.


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